Elles résistent au vent, aux intempéries et, heureusement, aux modes bizarres. Tout au moins pour le moment. Voilà des siècles que les haies de hêtre protègent les maisons de l’Eifel, une idée aussi simple que géniale. Ces murs végétaux d’un mètre d’épaisseur et parfois dix mètres de haut passaient du brun rouge soutenu au vert clair [au printemps, lorsque ce reportage a été effectué].

Rendez-vous à Steckenborn, village de 1 600 âmes sur les hauteurs du Rursee, à une demi-heure de voiture d’Aix-la-Chapelle, près de la Belgique. Peter Stollenwerk, 72 ans, a grandi ici et y a ses racines. Cet homme réservé nous reçoit dans une maison à colombages construite en 1750 pour abriter plusieurs générations. Un lièvre passe à toute vitesse devant le jardin d’hiver pendant qu’un frais vent printanier chamboule le temps inconstant d’avril. L’amour indéfectible de Stollenwerk pour ce paysage, dont la beauté âpre rappelle le nord de la France et l’Angleterre, se manifeste dans des milliers de photos et les livres érudits qu’il lui a consacrés.

Hinter Hecken [“Derrière les haies”, inédit en français], par exemple, est consacré aux “haies à bestiaux” par lesquelles les gens de cette région pauvre, que l’on qualifiait jadis avec mépris de “Sibérie prussienne”, clôturaient leurs pâturages depuis