À quoi sert le mur qu’édifie le chancelier conservateur Friedrich Merz, au côté du vice-chancelier et ministre des Finances social-démocrate, Lars Klingbeil, à la une de Handelsblatt ? À tracer une ligne de démarcation claire avec l’extrême droite allemande ? À construire leur propre prison politique ? Ou tout simplement à protéger deux hommes “paralysés par la peur” en raison des attaques qui les visent depuis maintenant plusieurs jours ?

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“La coalition au pouvoir, qui, après la pause estivale, comptait faire ce qu’il fallait pour que tout aille mieux et adopter les réformes sociales les plus ambitieuses depuis des décennies, est en proie au désespoir”, assure le journal économique dans un long article d’analyse. Le 6 septembre, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est arrivée largement en tête des élections régionales de Saxe-Anhalt, avec près de 44 % des voix. Un “choc” pour le gouvernement des conservateurs et des sociaux-démocrates allemands, car, “pour la première fois de l’histoire de la République fédérale depuis la fin de la dictature nazie, un parti d’extrême droite peut espérer accéder au gouvernement”.

Des critiques de tout bord

Peu après la défaite de son propre parti, l’Union chrétienne-démocrate (arrivée deuxième, avec à peine plus de 17 % des voix), Friedrich Merz, fragilisé, a mis en garde contre l’AfD, qu’il accuse de vouloir mener “un nettoyage ethnique” en Allemagne. De quoi s’attirer les foudres de la formation d’extrême droite, qui a porté plainte pour diffamation.

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Mais le chancelier fait aussi l’objet de critiques au sein de son gouvernement. Une partie de ses partenaires sociaux-démocrates ont profité de la crise pour demander un “changement de cap” sur des dossiers controversés, comme la réforme des retraites. L’éviction du chancelier serait même envisagée par sa propre famille politique, les chrétiens-démocrates.

Contexte Des mesures sociales, mais que pour les Allemands

Fondé en 2013 en réaction à la crise de l’euro, le parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD) a durci ses revendications en une décennie. En Saxe-Anhalt, où il est classé “extrémiste de droite” par l’Office fédéral de protection de la Constitution, il demande entre autres une restriction des conditions de naturalisation, l’abolition du droit d’asile, la déchéance de nationalité pour les binationaux “dangereux”, la suppression du statut particulier dont bénéficient les Ukrainiens et la mise en place de “programmes volontaires de remigration” et d’expulsions forcées. Il prône par ailleurs un rapprochement avec Moscou, ainsi qu’une reprise des importations de gaz russe abandonnées depuis 2022.

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Mais d’après l’hebdomadaire centriste Der Spiegel, l’AfD “s’érige aussi, depuis quelque temps, en défenseur des ‘petites gens’, de ceux qui revendiquent travailler dur et de manière honnête – et qui, traditionnellement, donnaient plutôt leur voix au Parti social-démocrate (SPD)”. Initialement néolibérale, la formation estime désormais que “l’est de l’Allemagne est un exemple à suivre”, car cette partie du pays aurait “échappé au matérialisme consumériste de l’Ouest”. Elle souhaite revaloriser les retraites et soutenir les PME, “plutôt que les multinationales”. Elle propose aussi une prime de formation pour la jeunesse et une aide financière à destination des apprentis passant leur permis de conduire. “Le programme social de l’AfD se distingue néanmoins de celui de ses homologues sur un point : le parti préférerait que ces mesures ne bénéficient qu’aux Allemands.”

Réformes menacées

D’après Handelsblatt, ces turbulences inquiètent les milieux d’affaires allemands. “Les économistes mettent en garde contre des conséquences dramatiques pour la plus puissante économie d’Europe”, relate le titre de Düsseldorf sur sa première page. Dans les pages intérieures, il ajoute : “En cet instant précis, c’est au chancelier d’intervenir. Mais la progression de l’AfD, le mécontentement au sein de son propre parti et chez son partenaire de la coalition, et les inquiétudes des ménages réduisent sa capacité à agir.”

Avant l’été, un programme de compromis avait été âprement négocié au sein du gouvernement fédéral. À l’époque, la coalition noire-rouge (les couleurs des deux partis au pouvoir) avait promis que “l’appareil bureaucratique serait sévèrement dégraissé, le système de retraites repensé, la flexibilité considérablement accrue sur le marché du travail, et les impôts réduits”.

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Ce projet sera-t-il finalement mené à terme ? Le quotidien libéral l’espère. Il relaie l’appel de l’économiste autrichien Gabriel Felbermayr : “En se contentant de ne pas lancer de réformes, on ne parviendra pas non plus à juguler les populistes.”