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Les singes, héros des “haïkus visuels” de Masao Yamamoto

Le photographe japonais Masao Yamamoto crée depuis quarante ans une œuvre entre délicatesse et impermanence, explorant les confins de la poésie et de la calligraphie, saluée par la presse asiatique. Exposé jusqu’en décembre 2026 à Lectoure, dans le Gers, il publie un livre, “Saru”, le

Les singes, héros des “haïkus visuels” de Masao Yamamoto
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Photo. Les singes, héros des “haïkus visuels” de Masao Yamamoto

Si photographier consiste à “écrire avec la lumière”, Masao Yamamoto fait clairement partie des poètes. Avec son appareil, l’artiste japonais saisit “des instants fugaces du quotidien [qui] acquièrent une qualité éternelle, raison pour laquelle ses œuvres sont souvent qualifiées de ‘haïkus visuels’”, décrit le magazine hongkongais The Femin.

Photo extraite de Saru

Photo extraite de Saru

Observateur attentif de la nature, Masao Yamamoto “a passé les vingt dernières années à visiter le parc aux singes de Jigokudani [dans la région montagneuse de Nagano] pour photographier les macaques qui y vivent”, ajoute le magazine culturel japonais Pen.

Il en a tiré son dernier recueil photographique, Saru (“Singe”), qui paraît le 2 septembre aux éditions Textuel. Son travail est aussi exposé jusqu’en décembre à Lectoure, dans le Gers, dans le cadre du festival L’Été photographique.

Photo extraite de Saru

Mondialement connus pour leurs baignades dans les sources chaudes, les macaques du parc sont révélés sous une nouvelle facette, poursuit Pen. “Leurs gestes et leurs actions les rendent plus proches des humains, reflétant nos propres faiblesses et notre véritable nature.”

Surtout, ils sont sublimés par “l’esthétique sereine [du photographe], qui exploite avec brio l’espace négatif, ses délicates tonalités monochromes évoquant la peinture à l’encre”.

“Petits tirages en noir et blanc,texture d’un papierqui semble avoir vieilli,couleurs altérées pardes procédés chimiques…L’œuvre de Masao Yamamotos’apparente à une collectionde fragments précieux,rassemblés et agencésavec soin.”

Le magazine japonais Pen

Photo extraite de Saru

Photo extraite de Saru

Le photographe ne se fixe pas de sujet à l’avance, mais se promène et déclenche intuitivement.

“Si l’on a un objectif précis, on s’y enferme et on risque de passer à côté d’une autre scène intéressante, affirme-t-il. Au lieu de reproduire fidèlement la réalité, j’essaie de capturer l’atmosphère et les émotions que j’ai ressenties à ce moment-là.”

“Si la photographie occidentale met l’accent sur la capture de l’‘instant décisif’, poursuit The Femin, Masao Yamamoto se concentre davantage sur l’écart entre l’instant et l’éternité.”

Pour cela, les tirages qu’il présente revêtent une dimension particulière, signe d’une immanence ontologique de l’objet photographique.

Photo extraite de Saru

Venu à l’art par la peinture, Yamamoto trempe souvent le papier photographique dans du thé ou de l’eau de neige, il abrase et déchire les bords, allant jusqu’à peindre directement sur les images.

“Ces techniques, à la fois destructives et réparatrices, créent un espace entre réalité et illusion”, ajoute le magazine hongkongais. Ainsi, “ses images ne sont jamais des enregistrements froids et austères, mais des objets poétiques empreints de chaleur et de traces artisanales”.

“La photographiequi émeut vraiment est,je pense, celle qui n’est pasimmédiatement compréhensible.Les choses faciles à saisirsont consommées tropfacilement. Dès qu’on croitcomprendre quelque chose,on s’arrête d’avancer.Or, il existe de nombreusesphotographies qui piquentla curiosité et donnent enviede les regarder davantage.”

Masao Yamamoto, dans le magazinehongkongais The Femin

Photo extraite de Saru

Les macaques de Yamamoto “nous plongent dans nos souvenirs d’enfance et le mystère inhérent à la photographie elle-même, explique Didier Bruis, le galeriste qui le représente à Paris, cité par Pen. Il est attiré par les petits instants de la nature, de la vie, que personne d’autre ne perçoit. Mais ce sont des choses que chacun porte en soi.”

Daniel Bastard
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