Hissène Habré a vécu trois vies à Dakar, de la meilleure à la pire, tout au long des trente et une années d’exil (1990-2021) qu’il passa dans la capitale sénégalaise, jusqu’à sa mort. Dakar fut tour à tour un cocon protecteur pour l’ancien dictateur tchadien (1982-1990) ; puis une grotte, comme celles du massif du Tibesti (nord du Tchad) de ses années rebelles, au fond de laquelle il se replia pour repousser les fantômes de ses victimes qui le cernaient judiciairement ; une prison, enfin, au sens propre, étape finale où la justice l’avait envoyé purger une peine de perpétuité pour crimes contre l’humanité commis au Tchad.
C’est déjà sur un air de déroute que Hissène Habré débarque à Dakar, le 11 décembre 1990. Lui qui s’était emparé du pouvoir les armes à la main, en 1982, vient d’en être chassé de la même manière, huit ans plus tard, par un de ses anciens alliés, Idriss Déby. Il s’enfuit avant l’entrée des colonnes rebelles dans N’Djamena, le 1er décembre. Direction le Cameroun. L’escale est brève, une dizaine de jours. Ce guerrier sans foi ni loi n’est pas vraiment le bienvenu. Abdou Diouf, président sénégalais à l’époque (1981-2000), le raconte dans ses Mémoires (Seuil, 2014) : « C’est Paul Biya qui m’a supplié de l’accueillir. »
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