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Politique

Les tueries du début du mois de Juin

(English) Les responsables militaires et gouvernementaux israéliens qualifient cette pratique de « tondre la pelouse ». Ce terme désigne les attaques génocidaires qu’ils mènent contre des civils innocents — hommes, femmes et enfants — dans le but supposé d’affaiblir les groupes ou par

Les tueries du début du mois de Juin
HaitiCreoleRadio.com
Ce jeune garçon a été tué par une frappe de drone kamikaze le 3 juin à Village de Dieu. Il figurait parmi les quatre enfants tués. Photo : Verite Presizyon

(English)

Les responsables militaires et gouvernementaux israéliens qualifient cette pratique de « tondre la pelouse ».

Ce terme désigne les attaques génocidaires qu’ils mènent contre des civils innocents — hommes, femmes et enfants — dans le but supposé d’affaiblir les groupes ou partis armés palestiniens (ou, aujourd’hui, libanais), tels que le Hamas ou le Hezbollah, qui vivent parmi eux. Cette politique constitue, en réalité, un crime de guerre.

Le 8 mai, près de Grand Rue, une femme a été blessée à la jambe parune voiture blindée de la police. Le véhicule s’est ensuite approché et l’a abattue, ainsi que deux autres personnes. Photo : Verite Presizyon

C’est précisément cette tactique que mettent actuellement en œuvre, dans les quartiers pauvres d’Haïti, la « Force opérationnelle » (Task Force) de mercenaires Vectus Global d’Erik Prince, la Force de lutte contre les gangs (GSF) mandatée par l’ONU et la Police nationale d’Haïti (PNH). Alors que les mercenaires de Prince sèment le chaos depuis le mois de décembre (une situation régulièrement documentée par Haïti Liberté), la GSF a accueilli un nouveau commandant le 14 mai, le major-général mongol Erdenebat Batsuuri. Cette force, désormais composée majoritairement de Tchadiens, a annoncé le lancement d’une offensive le 1er juin ; c’est à cette date que de nombreux drones kamikazes ont recommencé à déchiqueter des Haïtiens pauvres et innocents dans le centre-ville de Port-au-Prince.

« Verite Presizyon » (Vérité Précision) est une chaîne WhatsApp qui a accompli un travail remarquable en filmant et en rendant compte du massacre de civils par des drones, des mercenaires et des policiers dans la capitale au cours de l’année 2026.

Quatre hommes et une femme ont été tués par un drone à Village de Dieu le 1er juin. Photo : Vérité Presizyon (CLIQUER sur la PHOTO pour la VIDÉO)

Par exemple, le 8 mai, le média a rapporté qu’« un véhicule blindé a tué trois personnes aujourd’hui dans le quartier de la Grand-Rue [avenue Jean-Jacques Dessalines], au centre-ville ». L’une des victimes était une femme qui avait reçu une balle dans la jambe. « Alors que la dame était au sol, le blindé l’a tuée », a rapporté *Verite Presizyon*. « C’est la voix du mouvement populaire qui exprime son incompréhension face à ces tirs de la police sur la population. »

Une jeune fille a été grièvement blessée à la jambe par un drone à Village de Dieu le 1er juin. Photo : Verite Presizyon (CLIQUER sur la PHOTO pour la VIDÉO)

Le média a documenté la frappe de drone du 1er juin sur Village de Dieu, le quartier où est basé le groupe armé « Five Seconds » de Johnson « Izo » André. Une vidéo montre les corps sans vie et mutilés de quatre hommes et d’une femme tués par un drone. Sur une autre image, une mère serre contre elle sa jeune fille, qui porte une plaie béante causée par un éclat d’obus à la jambe.

Un vieil homme a été tué à Village de Dieu le 3 juin lorsqu’un drone lui a arraché la jambe au niveau du tibia. Photo : Vérité Presizyon (CLIQUER sur la PHOTO pour la VIDÉO)

« Voyez le degré de cruauté », a écrit Verite Presizyon. « Une enfant est grièvement blessée à la jambe par une attaque de drone suicide visant des civils. Ces images sont véritablement déchirantes et témoignent de la cruauté sans bornes exercée contre la population civile. Cela ne peut plus durer ! »

Le 3 juin, une femme âgée est décédée à Village de Dieu après qu’un drone kamikaze lui a arraché le bras au niveau de l’avant-bras.Photo : Verite Presizyon (CLIQUER sur la PHOTO pour la VIDÉO)

Le 3 juin, Verite Presizyon a diffusé des vidéos encore plus effroyables d’une autre attaque de drone à Village de Dieu, qui a tué au moins quatre enfants selon le média. Sur l’une des vidéos, un jeune garçon gît sans vie sur une civière. Sur une autre, une femme âgée, dont l’avant-bras a été arraché, est morte. Les mercenaires « ont arraché le bras de cette femme à l’aide d’un drone suicide », a écrit Verite Presizyon. « Avant de mourir, elle disait qu’elle souffrait énormément. »

Cette même nuit, un autre homme âgé est décédé après avoir eu la jambe arrachée au niveau du tibia par un drone.

Un autre drone a frappé Martissant 2B le 3 juin ; Verite Presizyon a présenté une vidéo montrant une autre femme âgée indiquant sa blessure au bras.

Au moment de la rédaction de cet article, les attaques se poursuivent. « Durant le week-end [des 6 et 7 juin], l’utilisation de drones explosifs, plus connus sous le nom de drones kamikazes, dans plusieurs quartiers du centre-ville de Port-au-Prince — notamment l’avenue Magloire Ambroise, les rues Nicolas et Oswald Durand, Portail Léogâne et le secteur du Bicentenaire — a plongé de nombreux habitants dans la terreur et la panique », a rapporté le site Haïti Libre, généralement très favorable à la guerre menée par les mercenaires et le gouvernement de facto contre la coalition de groupes armés de quartier « Viv Ansanm » (Vivre ensemble).

Une femme de Martissant 2B montre l’endroit où elle a été blessée au bras par un drone le 3 juin. Photo : Verite Presizyon (CLIQUER sur la PHOTO pour la VIDÉO)

Malgré cette nouvelle offensive, le Viv Ansanm a porté un coup symbolique aux forces combinées des mercenaires et de la PNH. Le 3 juin, les hommes d’Izo ont incendié un bulldozer blindé redouté, surnommé « Satan 2 » par les forces du Viv Ansanm ; il possède un engin jumeau connu sous le nom de « Satan 1 ».

« Les balles ne peuvent absolument rien contre lui », avait un jour déclaré Jimmy « Barbecue » Cherizier, porte-parole et chef du Viv Ansanm. La police était tellement embarrassée par l’incendie de l’un de ses blindés les plus redoutables qu’elle a publié un communiqué affirmant l’avoir brûlé elle-même à la suite d’une panne mécanique.

« Lors d’une opération menée par les forces de l’ordre sur trois jours à Village de Dieu, un engin lourd chargé de frayer un chemin aux unités spécialisées est tombé en panne pour une raison inconnue de la police », indiquait un communiqué de la PNH daté du 3 juin. « Afin d’empêcher que ce matériel stratégique ne tombe entre les mains de gangs terroristes, le haut commandement de la PNH a donné aux unités spécialisées l’ordre formel de détruire l’engin lourd. »

Des soldats de Viv Ansanm ont incendié un bulldozer blindé surnommé « Satan 2 », tandis que la police affirme l’avoir brûlé pour éviter qu’il ne tombe entre leurs mains après une panne. Photo : Viv Ansanm (CLIQUER SUR LA PHOTO POUR LA VIDÉO).

Malheureusement pour les policiers, des vidéos les montraient en train de tenter d’éteindre l’incendie allumé par les troupes de « Viv Ansanm ».

Par ailleurs, la GSF ne dispose que de 800 des 5 500 soldats qu’elle espérait voir déployés en Haïti d’ici octobre 2026, soit dans un peu plus de trois mois. En septembre dernier, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait élaboré un montage financier complexe pour financer illégalement l’augmentation des effectifs (la Mission multinationale d’appui à la sécurité, ou MSS, d’Antony Blinken ne comptait qu’environ 1 000 soldats) en détournant des fonds destinés à la logistique de la GSF depuis le budget des opérations de maintien de la paix des Nations unies (la GSF n’étant pas une opération de maintien de la paix de l’ONU).

Toutefois, dans une lettre adressée aux ambassadeurs le 28 janvier, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a indiqué que l’organisation manquait de fonds et que « la crise s’aggrave, menaçant la mise en œuvre des programmes et faisant peser un risque d’effondrement financier ». Il a prédit que l’ONU pourrait se retrouver totalement à court de liquidités d’ici le mois de juillet.

Guterres doit effectuer une visite d’une journée en Haïti le 16 juin, et les difficultés budgétaires de l’ONU figureront assurément à l’ordre du jour.

Le général de division mongol Erdenebat Batsuuri arrive le 14 mai en Haïti, où il prend le commandement des Forces de soutien général (FSG). Photo : Le Chronomètre

Ironie du sort, cette crise est causée par le plus grand débiteur de l’ONU : les États-Unis. Selon les responsables onusiens, Washington est redevable de plus de 95 % des sommes dues au titre du budget ordinaire de l’ONU, soit 2,19 milliards de dollars début février, auxquels s’ajoutent 2,4 milliards de dollars pour le maintien de la paix et 43,6 millions de dollars pour les tribunaux de l’ONU. L’ONU a clôturé l’année 2025 avec un montant record d’arriérés de 1,56 milliard de dollars, soit plus du double du montant dû à la fin de l’année 2024.

Au 8 février, date limite pour le versement des contributions des États membres, seuls 55 des 193 pays membres s’étaient acquittés de leur dû. À l’ouverture de la session de mai, la situation ne s’était pas améliorée. Le président de la Commission administrative et budgétaire (Cinquième Commission) a ouvert la session en déclarant : « Nous entamons cette reprise de session sous une pression considérable », évoquant la situation financière critique de l’organisation.

Le secrétaire général de l’ONU, Anthony Guterres, se rendra en Haïti le 16 juin. L’organisation mondiale traverse une crise financière. Photo : ONU Photo/Manuel Elias

Deuxièmement, il existe un piège structurel : l’ONU a dû restituer aux États membres 227 millions de dollars issus du budget ordinaire au début de l’année 2026 — des fonds qu’elle n’avait jamais réellement perçus — auxquels se sont ajoutés 72 millions de dollars compensés par des arriérés, ce qui a considérablement aggravé la crise de liquidités. Guterres a qualifié la situation de « cycle kafkaïen ».

Par ailleurs, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) signale qu’entre janvier et mai 2026, la violence en Haïti a fait au moins 2 310 morts et plus de 1 100 blessés, a entraîné 99 enlèvements et a fait d’au moins 699 femmes et filles des victimes de violences sexuelles.

Par le passé, les rapports du HCDH ont minimisé le rôle meurtrier joué par la PNH et les mercenaires dans le bilan humain en Haïti, comme l’a souligné l’enquêteur Travis Ross dans un article publié en mars.

La plupart des citoyens haïtiens, notamment les habitants des quartiers pauvres, diraient probablement que la majorité des meurtres sont perpétrés par les mercenaires et la PNH plutôt que par les « gangs terroristes », comme les appellent les « forces de l’ordre ».

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