La scientifique américaine Margaret Hamilton, qui a dirigé l’élaboration du système informatique utilisé par le programme lunaire Apollo, est morte à l’âge de 90 ans, a annoncé, mercredi 7 octobre, le Massachusetts Institute of Technology (MIT), où elle a travaillé durant près de vingt ans.
« Margaret Hamilton, une informaticienne d’une grande influence, connue pour avoir dirigé l’équipe chargée du développement du système informatique au MIT pendant le programme Apollo de la NASA est décédée le 30 septembre », a écrit la prestigieuse institution sur son site Internet.
Le célèbre programme Apollo avait permis aux Américains de battre l’Union soviétique durant la première course à la Lune, dans les années 1960 et 1970.
« En avance sur son temps »
« Dire que Margaret Hamilton était une pionnière, qu’elle était en avance sur son temps, serait un euphémisme », salue, sur le site du MIT, Olivier de Weck, professeur du programme Apollo et directeur par intérim du département d’aéronautique et d’astronautique de l’institution. « Ingénieure en logiciel à une époque où ce domaine était encore balbutiant, elle a non seulement développé elle-même des codes de pointe, mais a également dirigé une équipe qui, grâce à cette technologie naissante, a permis de concevoir l’un des systèmes les plus complexes jamais réalisés par l’humanité », ajoute-t-il.
« Avec le recul, nous étions les personnes les plus chanceuses au monde ; nous n’avions pas d’autre choix que d’être des pionniers », déclarait Margaret Hamilton à propos de cette expérience.
Le chef de la NASA, Jared Isaacman, a aussi salué, sur X, une « pionnière dont le travail a contribué à rendre possibles le programme Apollo et les premiers voyages de l’homme vers la Lune ». « La meilleure façon d’honorer son héritage est de reprendre là où sa génération s’est arrêtée et de ne jamais cesser d’aller de l’avant », a-t-il ajouté.
Après plusieurs retards, la mission de la NASA Artemis-3, qui doit renvoyer des astronautes sur la Lune pour la première fois depuis la dernière mission Apollo en 1972, est prévue pour 2027.
Défi
Née en 1936 dans l’Indiana, Margaret Hamilton a étudié les mathématiques avant de travailler au département de météorologie du MIT, puis sur le premier système de défense aérienne américain. En 1965, elle postule à un laboratoire de l’université, « the Instrumentation Lab », spécialisé dans la conception d’instruments aéronautiques et alors à la recherche d’experts pour développer un programme informatique afin « d’envoyer un homme sur la Lune ».
« Intriguée par ce défi », Margaret Hamilton « a été embauchée comme première programmeuse d’Apollo au MIT, devenant ainsi la première femme programmeuse du projet », peut-on lire dans le communiqué de l’université lui rendant hommage.
En 1968, elle dirigeait l’équipe chargée de mettre au point le logiciel du programme lunaire. « Il n’y avait pas de seconde chance. Nous le savions. Nous prenions notre travail au sérieux (…) Le dévouement et l’engagement allaient de soi », expliquait-elle, racontant même que sa fille, âgée de quelques années seulement, l’accompagnait parfois au travail la nuit ou les week-ends.
L’une des contributions les plus importantes de Margaret Hamilton et de son équipe fut la création d’un logiciel de gestion prioritaire des tâches qui a permis, en juillet 1969, au module lunaire Eagle de la mission Apollo 11 d’outrepasser un potentiel blocage afin d’exécuter la procédure d’alunissage.
En 1976, Margaret Hamilton quitta le MIT pour fonder sa propre entreprise d’informatique. Devenue une figure emblématique de femme scientifique, elle est notamment connue du grand public grâce à une photo la représentant, lunettes rondes et grand sourire, à côté d’une pile de code informatique faisant sa taille.
Elle fut décorée, en 2016, par le président américain Barack Obama de la médaille de la Liberté, la plus haute distinction civile des Etats-Unis.