Il aura fallu attendre la mi-octobre pour que la pluie revienne vraiment. La nature en avait besoin. Et notre mémoire aussi. Parmi les plus de 1 000 milliards d’odeurs que le nez humain est capable de déceler, celle de la terre mouillée, le pétrichor, réjouit nombre d’entre nous, car elle a la capacité de raviver le merveilleux souvenir de promenades après la pluie. “Mais à mesure que le dérèglement climatique altère le climat et l’environnement de la Terre, le pétrichor va aussi se transformer”, révèle le magazine Scientific American.
Et ils sont nombreux les parfums de la Terre qui seront les futures victimes de “la triple menace que représentent la pollution, la perte de biodiversité et le réchauffement climatique”, explique le Smithsonian Magazine dans un article traduit par Courrier international. Cela souligne encore une fois, en pleine COP17 sur la biodiversité et à une poignée de semaines de la COP31 sur le changement climatique, les intrications complexes entre protection de la biodiversité et lutte contre la crise climatique.
Pour comprendre, il faut garder en tête que le réchauffement a des effets bien au-delà de la sensation de chaleur : il modifie la composition chimique de l’air et augmente aussi la libération de molécules olfactives gazeuses des matières artificielles. Sans compter qu’il contribue au déclin de la biodiversité, menaçant les plantes qui parfument l’environnement, comme le bois de santal, la vanille, la bergamote et même la lavande, liste le Smithsonian Magazine.
Le pétrichor, lui, n’est pas le parfum d’une plante. Il résulte de “l’impact de gouttes de pluie sur le sol et les plantes qui produit des bulles microscopiques remplies de géosmine [fabriquée par les bactéries du sol] et d’huiles aromatiques [fabriquées par les plantes en période de sécheresse] qui s’élèvent dans l’air, éclatent et se dispersent en fines particules qui pénètrent dans les narines”, explique Scientific American. De façon générale, dans les régions soumises à davantage de précipitations à l’avenir, le pétrichor sera moins prononcé, les composés aromatiques n’ayant pas le temps de s’accumuler. Mais l’inverse n’est pas forcément vrai, puisqu’on se demande si la géosmine ne serait pas détruite en cas de sécheresse prolongée.
Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
Et si on se le demande, c’est parce qu’on n’en a pas la moindre idée. L’odorat est toujours le sens le plus méconnu, le plus ignoré, y compris de la science. Alors l’effacement des paysages olfactifs pourrait se faire sans même qu’on prenne vraiment conscience de leur importance. À l’instar des espèces déjà menacées alors qu’on célèbre leur découverte.
En bref
Moins de déforestation dans l’Amazonie brésilienne
Entre août 2025 et juillet 2026, la déforestation de l’Amazonie brésilienne a diminué de 42 % par rapport aux douze mois précédents, “atteignant son niveau le plus bas” depuis le début des relevés en 1988, salue Folha de São Paulo. Quelque 3 335 km² ont été déboisés sur la période, “soit un peu plus du double de la superficie de la ville de São Paulo”. Un progrès que l’on doit aux décisions prises sous le troisième mandat du président Luiz Inácio Lula da Silva (renforcement des effectifs et des budgets des organismes d’inspection, sanctions financières…), qui affrontera Flávio Bolsonaro lors du second tour de l’élection présidentielle ce dimanche 25 octobre. Pour en savoir plus, c’est ici.
La Finlande suspend deux data centers de Google
Google veut investir 13 milliards d’euros en Finlande d’ici à 2029 pour y construire des centres de données. Mais deux des trois chantiers du géant américain de la tech ont été suspendus à cause de déboisements effectués “avant la fin des études d’impact environnemental”, résume, sur son site YLE, la radiotélévision publique finlandaise. Sous le pression d’une opposition citoyenne grandissante aux 145 projets d’infrastructures pour les données lancés depuis 2024, Helsinki s’engage à mieux encadrer et surveiller leur implantation. Pour en savoir plus, c’est ici.
Le spectre d’un réchauffement de 2,6 °C
Selon le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement publié le 21 octobre, même si les gouvernements appliquent les feuilles de route climatiques qu’ils se sont fixées, le réchauffement planétaire pourrait atteindre 2,6 °C en 2100. En revanche, une réduction de 18 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, et de 45 % d’ici à 2045, permettrait probablement de limiter la hausse de la température moyenne à 1,7 °C. “Cela n’empêcherait pas la généralisation des phénomènes [météorologiques extrêmes], comme les canicules record de ces derniers mois, mais pourrait contribuer à enrayer leur aggravation drastique”, souligne The Guardian. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 158 de Climatiques.
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