C’est une impasse arborée et bien entretenue, nichée dans un quartier cossu d’Harare. La chaussée tranche avec les nids-de-poule, les herbes folles et les trottoirs défoncés des rues délabrées de la capitale zimbabwéenne, qui constituent le premier signe visible de la corruption endémique du pays. Ce discret cul-de-sac du quartier de Gunhill est non seulement choyé mais aussi fortement protégé. A l’entrée, quatre policiers gardent une lourde barrière. Au bout de l’impasse bunkérisée se trouvent quatre villas, à peine visibles derrière de hauts murs de brique rouge délavés. L’une abrite depuis trois décennies un invité de marque, un exilé sous haute protection mais dont le nom et l’aura sont aujourd’hui tombés dans l’oubli général : l’ancien président éthiopien Mengistu Hailé Mariam, au pouvoir entre 1977 et 1991.
Généralement, les sourcils se lèvent à l’évocation de son patronyme. A Harare, rares sont ceux qui connaissent ce chef d’Etat d’un autre temps, aujourd’hui âgé de 89 ans, autrefois colonel tout-puissant de la junte militaire éthiopienne du Derg (comité militaire provisoire). Les autres pensaient l’homme mort depuis longtemps. Et pour cause, le « Négus (« roi » en langue amharique) rouge » se terre depuis trente-cinq ans, tel un fantôme, dans cette villa démesurée, au point de faire oublier son existence jusqu’en Ethiopie, où il a été condamné à mort par contumace en 2008 pour « actes de génocide ».
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