Deux lueurs dans la nuit. Depuis des semaines, l’automne des démocraties était annoncé un peu partout. Au Brésil, Flávio Bolsonaro partait favori du second tour de la présidentielle. À une semaine d’intervalle, des élections cruciales allaient se tenir en Israël (le 27 octobre) et aux États-Unis (le 3 novembre), “deux démocraties en voie d’autodestruction”, s’inquiétait Thomas Friedman dans les colonnes du New York Times. En France, en Europe, la presse étrangère évoquait une rupture du contrat social, une crise de légitimité des institutions, des modèles politiques à bout et des extrêmes en embuscade.
Et puis, dimanche 25 octobre, deux résultats sont venus bousculer la morosité ambiante. Au Brésil, à l’issue d’une “remontada historique” (pour citer Página 12), Lula, le candidat de gauche, a fini par l’emporter, prouvant au passage que la mobilisation peut payer et que la victoire de l’extrême droite n’est pas une fatalité. Autre mobilisation inspirante : en Serbie, le mouvement étudiant est venu à bout du gouvernement d’Alexandre Vucic, après deux ans de contestation dans la rue contre la corruption et pour la défense des valeurs démocratiques.
Il fallait voir dimanche soir les manifestations de liesse à Belgrade comme à Rio pour comprendre que quelque chose d’important était peut-être en train de se produire. Bien sûr, rien n’est joué, et, pour son quatrième mandat, Lula aura face à lui un Congrès plus hostile que jamais. En Serbie, il faudra trouver comment composer avec l’exercice du pouvoir. Mais il n’empêche, un autre chemin semble possible. “Ce qui s’est produit ici mérite d’être étudié dans le monde entier. Les étudiants ont su conjuguer l’habileté politique et la persévérance avec l’intégrité morale et le sens de l’honneur”, explique le philosophe Ivan Milenkovic, cité par Vreme.
Au moment de boucler ce numéro, les résultats du scrutin en Israël ne nous étaient pas parvenus. Benyamin Nétanyahou sera-t-il enfin écarté du pouvoir ? C’est l’un des enjeux de ce scrutin. La semaine dernière, nous consacrions un dossier à ce vote existentiel pour l’État hébreu., un vote à l’issue incertaine et qui promet des lendemains chaotiques.
Aux États-Unis aussi, les élections de mi-mandat s’annoncent tout aussi cruciales et compliquées pour Donald Trump. Le président américain n’a pas ménagé ses efforts pour tenter de limiter la casse, mais il pourrait bien perdre sa majorité à la Chambre des représentants et au Sénat. C’est aux enjeux de l’élection du 3 novembre que nous consacrons notre dossier de couverture cette semaine.
À deux ans de la fin de son mandat, assiste-t-on à son crépuscule ? S’interroge la presse américaine. Moins qu’à une vague bleue démocrate, c’est surtout au désenchantement de ses propres électeurs que Donald Trump sera confronté. Comme dans le Michigan, où le New York Times a rencontré des républicains désabusés. “Les gens se soucient plus de leur quotidien, explique une mère de famille chrétienne au journal. Je n’ai plus du tout [Trump] à l’esprit.” Inflation, guerre en Iran… Qu’il semble loin, le nouvel âge d’or promis par le président. “Les gens sont fatigués, analyse un ancien élu du Michigan. Sa tendance à semer systématiquement la zizanie, c’en est arrivé au stade où c’est juste épuisant.”
Alors que sa cote de popularité est au plus bas, qu’un parfum de corruption l’entoure en permanence, Donald Trump a promis tout et n’importe quoi à ses électeurs, et notamment de l’argent, avec le soutien d’Elon Musk. Cela suffira-t-il ? En cas de défaite, osera-t-il contester encore le résultat comme il l’avait fait en 2020 ?
Pour la première fois, des observateurs américains qui d’ordinaire supervisent le caractère démocratique des scrutins à l’étranger opéreront sur leur propre territoire, écrit USA Today. “Je n’aurais jamais pensé faire ça dans mon propre pays. Mais j’ai eu le sentiment que nous étions à un point de bascule dans notre histoire”, explique l’un d’entre eux au journal.
Pas sûr que cela garantisse une issue sereine au scrutin. Surtout, prévient l’ancien directeur de la direction du Wall Street Journal dans The Times, qu’on aurait tort de se réjouir trop vite. Une défaite pourrait au contraire pousser Donald Trump à se radicaliser davantage. “En politique étrangère, il est possible que, loin de juguler Trump, l’existence d’un Congrès hostile le pousse dans l’autre sens. Si vous pensez que nous venons de vivre deux années difficiles, attendez de voir ce qui va se passer.” Nous voilà prévenus.
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Après la réélection surprise de Lula, scènes de liesse et “cris de guerre”
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