La commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a donné, le 23 juin, son feu vert au trilogue entre les négociateurs du Conseil, du Parlement et de la Commission européenne, qui fixera les contours définitifs du projet d’euro numérique. La Banque centrale européenne (BCE) y travaille depuis sept ans déjà et devra expérimenter une phase pilote avant l’émission prévue au mieux pour 2029. Mais le texte final, lui, se joue maintenant. Les négociations qui s’ouvrent vont décider si l’euro numérique sera véritablement calibré pour défendre la souveraineté de nos paiements et le service public de la monnaie ou s’il servira juste à cocher la case « monnaie numérique de banque centrale » (MNBC) sans rien défendre du tout.
Le projet s’est heurté à une double résistance. D’une part, celle des banques, qui craignaient que leurs clients vident leurs comptes de dépôts pour détenir des euros numériques, plus sûrs et moins coûteux. Elles y perdraient une ressource stable, qui leur rapporte bien plus qu’elle ne coûte (d’autant qu’elles ne rémunèrent pas les dépôts). Leur lobbying a pointé le risque pour la stabilité du secteur et le financement de l’économie, mais ce sont leurs profits qu’elles défendent.
D’autre part, les coups de boutoir sont aussi venus du secteur des cryptos, car la MNBC est à l’antithèse de leur vision d’une monnaie de pair à pair fonctionnant sans Etat, sans banque centrale. De là est venue beaucoup de désinformation : l’euro numérique organiserait la fin du cash ou serait Big Brother traçant chacun de nos paiements, alors même que la proposition de règlement interdit à la BCE d’accéder aux données de transaction et impose une fonctionnalité hors ligne offrant un anonymat comparable aux espèces.
Deux principales raisons rendent l’euro numérique absolument nécessaire : la perte de souveraineté dans nos actes de paiement et la privatisation galopante de la monnaie. Sept paiements électroniques sur dix en Europe transitent par Visa ou Mastercard, deux entreprises américaines. Nous n’avons pas de moyen de paiement électronique paneuropéen : les initiatives privées sont soit embryonnaires, comme Wero, soit comme Swish, en Suède, bien installée mais nationale et hors zone euro.
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