Alors que TotalEnergies relance progressivement son gigantesque projet gazier dans le nord du Mozambique, une enquête publiée par l’hebdomadaire portugais Expresso remet en lumière de graves accusations d’abus sexuels dans la province de Cabo Delgado, ravagée depuis près de dix ans par une insurrection djihadiste.

S’appuyant sur un rapport inédit du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), obtenu par le consortium Forbidden Stories, Expresso révèle des témoignages de femmes affirmant avoir subi des violences ou des formes de coercition sexuelle dans l’espoir d’obtenir un emploi lié au projet gazier d’Afungi, dont TotalEnergies est l’actionnaire principal.

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“Ils disent aux femmes et aux filles que, si elles couchent avec eux, elles auront un emploi. Mais le travail ne vient pas”, rapporte un témoin cité dans le document. Une jeune habitante de Palma raconte avoir cédé aux avances d’un recruteur, persuadée que sa vie allait changer :

“Tu donnes ton corps, tu leur donnes tout, en croyant que ta vie va s’améliorer. Mais cela n’arrive jamais.”

Le rapport comporte également des témoignages au sujet des accusations de viols, d’extorsion et de violences sexuelles contre des femmes et des mineures, qui pèsent sur des soldats mozambicains, dans cette région très militarisée.

Total rejette les accusations

La publication de ces témoignages survient alors que TotalEnergies remet en marche le projet Mozambique LNG, un investissement de plus de 17,5 milliards d’euros, considéré comme le plus important de l’histoire du Mozambique. Suspendu en 2021 après l’attaque de Palma par des djihadistes et la déclaration de force majeure par le groupe français, le chantier reprend progressivement après quatre années d’interruption. TotalEnergies affirme ne pas avoir eu connaissance des faits rapportés et “rejette fermement” toute accusation de complicité.

Intitulé “Les voix du Mozambique”, le rapport de l’UNFPA date de 2024, mais il n’avait jusqu’ici jamais été rendu public. Dans Expresso, un porte-parole des Nations unies explique que “les contraintes opérationnelles et le contexte d’insécurité de l’époque n’ont pas permis à ce rapport d’atteindre les standards requis pour une publication”. Le document de 100 pages a toutefois été “utilisé en interne pour orienter l’élaboration des programmes” de l’agence. Réalisée entre janvier et avril 2024, l’enquête repose sur plus d’une centaine d’entretiens menés dans sept districts de Cabo Delgado.