Katmandou ne séduit pas immédiatement. Elle vous saisit autrement : par son tumulte, son énergie, ses foules. Par cette lumière trouble qui flotte sur la vallée. Par ce désordre aussi, vibrant, presque organique, qui donne au voyageur le sentiment d’entrer non pas dans une ville, mais dans un monde.

La cité mythique

Kat-man-dou : trois syllabes suffisent à faire surgir tout un imaginaire, celui d’une ville mythique au pied du toit du monde. Tant de voyageurs l’ont traversée, entre départs vers les hauts cols de l’Himalaya, errances baba et aspirations spirituelles. Beaucoup s’y sont attardés plus que prévu. D’autres n’en sont jamais tout à fait revenus. Aujourd’hui, la capitale népalaise est loin de l’image fantasmée du paradis perdu des années soixante, bien sûr. Mais elle n’a rien perdu de son pouvoir de fascination.

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À mon arrivée, un Anglais croisé dans le hall de l’aéroport, 78 ans et un reste de mélancolie dans la voix, me lance : “Katmandou, c’était un véritable Shangri-La !” Inventé par l’écrivain américain James Hilton dans son roman Les Horizons perdus (1933), le mot Shangri-La désigne un lieu idéal imaginaire, une sorte de refuge caché entouré de merveilleux paysages, où le temps est suspendu dans une atmosphère de paix.

Dépaysement immédiat

Posée au cœur de la vallée éponyme, à 1 400 mètres d’altitude, Katmandou est devenue une métropole dense et bruyante. Elle a la rudesse des villes qui ont grandi trop vite, après avoir absorbé en quelques décennies plus de vies, de véhicules et de béton qu’elle ne pouvait en contenir. Un voile de pollution s’y accroche souvent, mêlé de poussière, de fumées et de gaz d’échappement. Les klaxons se répondent, les bus penchent sous la charge, les deux-roues occupent toute la chaussée, les vendeurs ambulants se glissent entre les files. Reste qu’au milieu de cette saturation quelque chose frappe d’emblée : l’intensité. La vie déborde de partout, portée par une jeunesse omniprésente, visible à chaque coin de rue.

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Dans un pays où plus de 40 % de la population a moins de 35 ans, tout est en train de changer. Ou plutôt, tout a déjà changé. Balendra Shah, dit “Balen”, est devenu le Premier ministre du Népal fin mars 2026, après avoir soutenu les manifestations de la génération Z ayant mené à la chute du gouvernement en septembre 2025. Il n’est pas courant qu’un ancien rappeur né en 1990 prête serment pour diriger une nation. “Le monde entier a besoin d’un peu plus de transformation. Je crois qu’elle commence enfin au Népal, et cela me rend très heureux”, me dit avec calme Basu, un ami népalais que je retrouve à Thamel.

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Thamel, c’est le nom du principal quartier touristique de la ville. Le monde entier s’y retrouve. Des Népalais venus de toutes les vallées de l’Himalaya tiennent des échoppes proposant à peu près tout : des bols tibétains aux bijoux en argent, des drapeaux de prières aux bâtons de marche. Les candidats au trekking déambulent dans les ruelles encombrées, achètent des doudounes dernier cri et font le plein de barres énergétiques. Partout, des restaurants, des bars, des boutiques, des agences de voyage. Thamel a tout du grand bazar touristique, voué à la consommation et au divertissement. Il faut s’arracher sans tarder à ce capharnaüm, presque trop commode, pour se faufiler dans les ruelles du centre historique afin de retrouver le vrai rythme de la ville.