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Nos vies sont-elles trop longues ?

À contre-courant des géants de la tech obsédés par l’immortalité, le journaliste britannique Simon Kuper se demande dans le “Financial Times” si le prolongement de la vie, au fond, est vraiment une bonne idée.

Nos vies sont-elles trop longues ?
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Société. Nos vies sont-elles trop longues ?

[Cet article a été publié sur notre site pour la première fois le 26 avril 2026, et republié le 23 octobre]

L’idée peut paraître cynique. Pourtant, après avoir entendu l’humoriste américain Louis CK se plaindre que “la vie est trop longue”, le journaliste britannique Simon Kuper n’a pas pu s’empêcher d’y repenser régulièrement.

Dans le Financial Times, il écrit ainsi : “J’aime la vie, mais en tant que bonhomme lessivé dans la fin de la cinquantaine, ça m’a parlé.”

En 2024, l’espérance de vie mondiale a atteint “un nouveau record” avec une moyenne de 73,3 ans, rappelle le journaliste.

En France, en 2025, elle est même selon l’Insee de 85,9 ans pour les femmes et de 80,3 ans pour les hommes.

Comme l’écrivait la revue scientifique Nature en novembre 2025, cette tendance devrait se poursuivre : “Ceux qui nourrissent l’espoir de voir l’humanité découvrir de nouveaux moyens d’augmenter l’espérance de vie sont confortés par le fait que la recherche dans ce domaine − le champ interdisciplinaire relativement récent de la géroscience − est en pleine explosion.”

“La question centrale est de savoir si l’objectif finalest d’avoir une vie plus longueou une plus longue période de vie en bonne santé.”

La revue scientifique Nature

Et c’est aussi ce qui taraude Simon Kuper. “Ma mère a été rongée par la démence pendant des années avant de mourir, et cela ne lui a rien apporté”, argue-t-il.

La plupart des personnes interrogées sur l’âge qu’elles aimeraient atteindre répondent “entre 85 et 93 ans”, mais précisent qu’“elles souhaiteraient moins de temps en cas de mauvaise santé”.

Mais ce n’est pas tout.

Alors que nos vies se rallongent à vue d’œil, “les choses qui leur conféraient traditionnellement un sens sont en déclin, estime Simon Kuper. En particulier chez les jeunes, qui sont de moins en moins nombreux à avoir un partenaire, des enfants, des amis, une religion, ou (je le soupçonne) une foi dans le progrès.”

Quant au métier passion, c’est un autre atout qui pourrait être en passe de disparaître de nos vies, s’inquiète-t-il.

C’est en tout cas ce que laissent présager les “chocs IA”, ces “moments où on entrevoit soudainement comment la technologie pourrait nous rendre superflus”.

Autant de raisons qui amènent l’auteur de l’article à se demander la chose suivante : “Qui voudrait vivre éternellement dans une maison de retraite au milieu des résidents qui regardent des vidéos TikTok sans écouteurs ?”

Le constat est assurément un peu catastrophiste. Mais pour Simon Kuper, il ne faut pas oublier que “le sel de la vie provient précisément de sa brièveté.”

Non sans poésie, le journaliste relate l’histoire suivante :

“Mon ami, le joueur de tennis et écrivain Gordon Forbes, qui est mort à l’âge de 86 ans, a intitulé ses mémoires A Handful of Summers [1978, non traduit]. Ce titre est inspiré d’un vieux journal intime dans lequel il estimait que les meilleurs moments de la vie étaient ‘condensés / Dans une tête pleine de pensées / Et une poignée d’étés’ [‘squeezed in/ To a headful of thoughts/ And a handful of summers’]. Des étés qui ne devraient pas s’étirer indéfiniment.”

Aux antipodes de la soif d’immortalité de certains dirigeants comme Xi Jinping ou Vladimir Poutine, qui investit massivement dans la recherche à ce sujet. Et comme l’écrit le média américain Business Insider, “les gouvernants mondiaux ne sont pas les seuls à convoiter l’idée d’une fontaine de jouvence”.

“Les dirigeantsde la Silicon Valleyont depuis longtempsinvesti leur fortunedans la remise en questionde l’idée que la mortserait la seule certitudede la vie − ou du moins,dans des tentativesde prolonger leur séjoursur Terre.”

Le média américain Business Insider

Si vivre pour toujours est la lubie mégalomane des autocrates et des milliardaires, peut-être que le vrai progrès serait tout simplement d’accepter notre finitude.—

Mélanie Chenouard
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