La poliomyélite ne fait plus peur en France. Pour la plupart des parents, elle appartient à une époque révolue. Si c’est une victoire de santé publique, il faut néanmoins rester vigilants. Car lorsqu’une maladie disparaît de notre quotidien, la vaccination qui l’a fait reculer peut sembler moins nécessaire.
Une étude publiée le 17 septembre dans The Lancet Regional Health – Europe vient rappeler que rien n’est définitivement acquis. En analysant plus de quarante ans de données dans les 27 pays de l’Union européenne, les chercheurs constatent un changement préoccupant : après des décennies de progrès, la couverture vaccinale des enfants stagne ou recule pour plusieurs vaccins dans une grande partie de l’Europe. Dans 16 pays, au moins quatre des sept vaccinations étudiées affichent une tendance récente à la baisse.
La vaccination contre la poliomyélite est concernée : une telle tendance est observée dans 20 des 27 pays de l’Union européenne.
Après des années d’engagement dans le domaine de la santé internationale et dans la lutte contre la polio du Rotary International, je connais ce paradoxe auquel nous sommes aujourd’hui confrontés : le succès de la vaccination rend progressivement invisibles les maladies contre lesquelles elle nous protège.
Lorsque le Rotary lance son programme PolioPlus en 1985, la poliomyélite paralyse des centaines de milliers d’enfants chaque année dans le monde. En 1988, lorsque l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite est créée, on estime encore à 350 000 le nombre annuel d’enfants atteints par le poliovirus sauvage. Depuis, ce nombre a chuté de plus de 99 %.
Résurgence de la rougeole
Cette réussite va profondément changer notre perception du risque. En France comme dans une grande partie de l’Europe, les trois dernières générations ont grandi sans connaître la polio. Peu de jeunes parents en connaissent les effets : paralysies irréversibles, enfants sous assistance respiratoire, familles qui en subissent les conséquences toute une vie.
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