Le Génois Christophe Colomb a beau avoir “découvert” l’Amérique, en ce moment, rien ne va plus entre Italiens et États-Uniens. Et ce n’est pas qu’une histoire de Coupe du monde ratée. Au sommet de l’État, le torchon brûle entre Rome et Washington, et tout a commencé par un simple appel téléphonique.

Vendredi 19 juin, Daniele Compatangelo, correspondant à la Maison-Blanche pour plusieurs médias italiens, a Donald Trump au bout du fil et le questionne sur l’Ukraine. Problème : son interlocuteur a visiblement envie de parler d’autre chose. “Au fait, ça va comment votre Première ministre ?” demande soudain le président américain. “Meloni doit être contente que je lui ai parlé au G7, je n’étais pas obligé”, enchaîne-t-il.

Journaliste aguerri, Compatangelo flaire l’odeur du sang et invite Trump à s’expliquer. Le président américain ne se fait pas prier : “Elle m’a tellement imploré de prendre une photo avec elle, vous savez… Je ne voulais pas, mais elle m’a fait de la peine.” Rideau.

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L’histoire ne nous dit pas ce qui s’est passé ensuite dans les palais du pouvoir romain, que l’on imagine en pleine réunion de crise. Mais une chose est sûre : en bonne nationaliste, Giorgia Meloni ne badine pas avec l’honneur de son pays. Le temps de brancher une caméra, et la riposte à l’ancien copain souverainiste arrive. Incisive, aiguisée, elle se conclut par cette envolée lyrique qui résonne sans doute encore dans les cœurs émus des patriotes transalpins : “Le président Trump doit se rappeler une chose, moi et les Italiens, nous n’implorons jamais.” Et on n’accepte pas l’aumône non plus ! Puisque fin avril déjà, le gouvernement transalpin avait balayé d’un revers de la main la suggestion d’un conseiller de Trump qui proposait de donner la place de l’Iran au Mondial à l’Italie.

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Le scénario de la brouille italo-américaine ne ressemble-t-il pas à une grande métaphore de l’expérience des Transalpins vis-à-vis de cette Coupe du monde ? Un long chemin de croix qui baigne chaque jour davantage dans la mélancolie et la tristesse.

“Cette Coupe du monde qui dépasse des cheveux ondulés de Trump nous apparaît comme un tableau inexpressif, sans idée, privé de signification, soupire le chroniqueur sportif d’Il Foglio. Pour nous, les images de ce Mondial sont semblables aux mille autres qui défilent sur l’écran de notre téléphone, lorsque nous sommes en proie au scrolling. Et elles ne nous racontent pas l’Amérique, parce que personne désormais ne comprend plus ce pays.”

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Ce qui n’est pas difficile à comprendre cependant, c’est que, pendant que les journalistes italiens font de la philosophie appliquée au ballon rond, l’équipe du honni Donald Trump, elle, marche sur l’eau. Déjà brillamment qualifiée pour le second tour, la “Team USA” est la “révélation de cette Coupe du monde”, concède La Gazzetta dello Sport. Et titrer en première page un très subtil “Trump est un couillon”, comme le fait le quotidien nationaliste Libero Quotidiano à propos de la querelle avec Meloni, n’y changera pas grand-chose.

Comble de l’absurde, histoire de comprendre comment être performant lors d’une Coupe du monde (dans l’éventualité toujours plus lointaine d’une qualification), La Gazzetta dello Sport est même allée enquêter sur le système de formation du soccer universitaire américain. Elle y décrit un écosystème vertueux, en “pleine évolution” et capable d’offrir des “bases techniques”, voire des “enseignements de vie” aux joueurs. Un savoureux reportage où l’on découvre notamment que le fils de l’ancien Premier ministre transalpin Matteo Renzi, qui se rêvait footballeur, a évolué sous les couleurs des Fiu Panthers de Floride.

Papa Renzi, lui, n’a jamais chaussé de crampons. Mais dans cette période néfaste pour le calcio, il peut tout de même se targuer d’un record lié au ballon rond. Il a été le dernier Premier ministre italien à avoir vu l’Italie jouer en Coupe du monde sous sa gouvernance. C’était en 2014. De l’autre côté de l’Atlantique, Barack Obama était au pouvoir. Et une chose est sûre : jamais, jamais, ce dernier n’aurait refusé un selfie à son grand copain Matteo Renzi.