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Pierre Yves : Le CEP contre le gouvernement : quand la rente électorale se joue avant les élections

Par: Yves Pierre* En 48 heures, deux nominations contradictoires, un homme qui disparaît, et une institution qui se défend. Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est le système à l’œuvre. 3 juin 2026. Le Moniteur publie un numéro spécial : le gouvernement Fils-Aimé nomme par arrêté Ud

Pierre Yves : Le CEP contre le gouvernement : quand la rente électorale se joue avant les élections
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7 juin 2026
Pierre Yves : Le CEP contre le gouvernement : quand la rente électorale se joue avant les élections 
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Pierre Yves : Le CEP contre le gouvernement : quand la rente électorale se joue avant les élections 

  • by Rezo Nodwes
  • 6 juin 2026
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Par: Yves Pierre* 

En 48 heures, deux nominations contradictoires, un homme qui disparaît, et une institution qui se défend. Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est le système à l’œuvre. 

3 juin 2026. Le Moniteur publie un numéro spécial : le gouvernement Fils-Aimé nomme par arrêté Uder Antoine Directeur Général du CEP. Le même jour, le CEP publie une mesure conservatoire signée par ses neuf membres : Uder Antoine est interdit d’accès aux locaux de l’institution « jusqu’à nouvel ordre ». La raison invoquée ? Il « n’a pas donné signe de vie depuis environ 24h ». Deux actes officiels, un seul homme, une seule journée. Bienvenue dans la politique électorale haïtienne. 

Pour comprendre ce qui se joue, il faut s’arrêter sur un détail qui n’en est pas un. Le CEP avait recruté Uder Antoine comme Directeur Exécutif le 14 avril 2026. Le gouvernement le nomme Directeur Général le 3 juin 2026. Deux titres, deux voies de nomination radicalement différentes. 

Le Directeur Exécutif est nommé par le CEP lui-même, il répond de l’institution électorale, organe constitutionnellement indépendant de l’exécutif. Le Directeur Général est nommé par arrêté du Conseil des Ministres, il est un fonctionnaire de l’État, nommé par le gouvernement, redevable au gouvernement. Cette distinction n’est pas administrative. Elle est politique. Elle pose la question centrale : qui contrôle l’appareil opérationnel du CEP ? L’institution électorale indépendante, ou le gouvernement qui a intérêt au résultat des élections ? 

La mesure conservatoire du CEP contient une phrase qui mérite qu’on s’y arrête : Uder Antoine « n’a pas donné signe de vie depuis environ 24h ». Cette formulation sobre dit, en creux, quelque chose d’important. Dans les 24 heures qui ont suivi la signature du Décret électoral, le 2

juin 2026, Uder Antoine a vraisemblablement été informé, approché ou convaincu par le gouvernement de sa future nomination gouvernementale. Il a alors cessé de se présenter au CEP qui l’employait. 

C’est le négocisme à l’état pur : un acteur qui navigue entre deux pôles de pouvoir, cherchant le positionnement le plus avantageux au moment précis où les ressources du processus électoral commencent à se distribuer. Le CEP le sanctionne précisément pour avoir voulu jouer sur les deux tableaux, et pour avoir, dans ce jeu, momentanément disparu. 

Pourquoi le contrôle de la direction administrative du CEP est-il un enjeu politique aussi immédiat ? Parce que celui qui tient cette position tient les clés concrètes du processus : les contrats de fournitures de matériels électoraux, le recrutement de dizaines de milliers d’agents électoraux sur l’ensemble du territoire, la gestion des financements internationaux mobilisés pour le scrutin, l’attribution des marchés logistiques. Ce sont des ressources considérables, financières, politiques, clientélistes, qui se jouent avant même que le premier vote soit déposé. 

Le gouvernement Fils-Aimé, en nommant son homme à la tête de l’administration du CEP deux jours après la signature du Décret électoral, ne fait pas de la politique électorale au sens ordinaire. Il fait de la politique de rente. Il positionne un acteur loyal à l’exécutif au poste de contrôle des ressources du processus. C’est l’État-butin appliqué au processus électoral lui-même. 

La réponse du CEP est notable. Neuf membres, unanimes, signent la mesure conservatoire. C’est une déclaration d’indépendance institutionnelle face à l’exécutif. Elle dit : nous ne laisserons pas le gouvernement installer son homme dans notre appareil administratif sans en passer par nous. 

Mais cette résistance a ses limites structurelles. Le CEP lui-même est issu du Pacte National du 21 février 2026, un accord entre factions politiques, validé par la communauté internationale. C’est un produit du régime d’accord qu’il est censé dépasser par l’organisation des élections. Sa légitimité est donc partiellement dérivée de la même logique de négociation qu’il tente ici de contenir. La question n’est pas de savoir si le CEP a raison, il a raison. La question est de savoir s’il a les moyens institutionnels de tenir sa position face à un gouvernement qui dispose de l’appareil de l’État, du Journal Officiel et du pouvoir d’arrêté.

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