Les enfants sont d’une honnêteté formidable. Enfin, plus ou moins formidable – ma sœur, par exemple, n’hésitait pas à me dénoncer à notre mère quand je cachais son doudou ou que je la laissais ranger seule notre chambre. “Sale cafteuse !” fut certainement l’une des premières insultes à intégrer mon vocabulaire. Ma sœur l’a entendue aussi souvent que moi son fameux “Maman, Anna m’embête !”, professé d’un ton accusateur.

Mais ce petit jeu de délation cessait aussitôt à l’extérieur de la maison. J’ai donc été très surprise d’apprendre par ma voisine l’autre jour que le cafardage avait désormais la cote dans les cours de récréation.

Lanceurs d’alerte

Chaque fois qu’elle va donner un coup de main à l’aide aux devoirs, des élèves viennent la voir pour épingler leurs camarades. La moitié de la classe fait des maths, l’autre de la délation : Maria a copié ! Ali a oublié sa règle ! Noah n’a fait que la moitié de son exercice de calcul ! On se croirait moins dans une étude surveillée qu’au poste de police. Dans cette situation, ma voisine a un principe inflexible : elle ne gronde jamais les tricheurs, mais les mouchards.

J’ai acquiescé d’un air entendu à son récit, mais cette histoire m’a tout de même fait gamberger. Si j’avais été honnête, je lui aurais répondu que depuis que j’ai troqué