Peut-on arrêter une immunothérapie chez certains patients atteints de cancer et qui montrent une réponse complète à ce type de traitement, c’est-à-dire une absence de tumeur détectable ? Et ce, sans augmenter le risque de récidive ? Dans le cas de certains cancers colorectaux, la réponse est oui, suggère une étude chinoise présentée dimanche 31 mai au congrès annuel de la Société américaine d’oncologie clinique (ASCO), à Chicago.
Apparues au début des années 2010, les immunothérapies ont bouleversé le pronostic d’une grande variété de cancers. De nombreux patients atteints de tumeurs de la peau, du poumon, du rein ou de la vessie, de lymphomes et de certains cancers du côlon bénéficient désormais de ces médicaments (souvent combinés entre eux ou associés à des traitements conventionnels) à des stades précoces ou métastatiques de la maladie. Avantage de taille : ces immunothérapies, quand elles sont efficaces, peuvent l’être durablement.
Mais ces traitements ont aussi leurs revers : tous cancers confondus, 10 % des patients recevant une immunothérapie et 40 % à 50 % de ceux qui en reçoivent deux développeront un effet indésirable grave. Cette toxicité s’explique par le mode d’action de ces traitements : ils agissent en levant des freins que les cellules cancéreuses actionnent pour neutraliser les défenses immunitaires, réarmant ainsi ces défenses contre les cancers. Cette famille comprend plusieurs types d’anticorps : anti-CTLA4, anti-PD-1, anti-PD-L1, anti-LAG3, etc. Cependant, le système immunitaire peut faire du zèle : il s’attaque alors à des organes sains (thyroïde, peau, côlon, foie, poumons, cœur, cerveau et nerfs, etc.). Causant des dérèglements qui s’apparentent à des maladies auto-immunes.
Dans ce contexte, la possibilité de stopper ces traitements, sans accroître le risque de récidive, devient un avantage. L’étude chinoise présentée à l’ASCO s’est intéressée à un sous-type de cancers colorectaux : ceux qui présentent des anomalies du système de réparation des erreurs survenant lors de la réplication de l’ADN – cancers dits « dMMR » (« déficit du système de réparation des mésappariements de l’ADN ») et/ou « MSI » (« instabilité microsatellitaire »). « Ils représentent environ 15 % des cancers colorectaux localisés, et 5 % des cancers colorectaux métastatiques », précise Aude Guillemin, oncologue médicale à l’Institut Curie, à Paris.
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