Deux articles parus récemment dans la presse britannique explorent, chacun à sa façon, la même question : que faire des objets accumulés par ceux qu’on aime, quand ils ne sont plus là ? Olenka Hamilton a dû se faire un avis sur la question. Dans The Spectator, elle raconte six mois de vide-grenier forcé après la mort soudaine de son mari – trois générations ayant légué une montagne d’objets entassés dans des granges, des caves et des greniers, et dont elle a dû se débarrasser seule, avec trois jeunes enfants, pour pouvoir ensuite vendre la ferme familiale, trop grande et trop vétuste.

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Elle plaide pour le “Swedish death cleaning” ou nettoyage funéraire à la suédoise, “cette pratique consistant à désencombrer constamment son logement tout au long de sa vie afin d’épargner à ses proches le fardeau de trier une vie d’accumulation après le décès”. Elle dresse la liste des choses amassées, dont la lecture à elle seule peut provoquer une crise d’angoisse, avec, outre les meubles, des chéquiers, des photos, des pièces détachées et tout un empilement de bric et de broc.

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Philosophe, Olenka Hamilton se dit aujourd’hui “certaine que ce processus [l]’a aidée à surmonter une partie du deuil initial”, même s’il était stressant. Elle s’en serait tout de même bien passée, quitte à trouver ailleurs un exutoire à sa tristesse. Elle en arrive à la conclusion suivante :

“Libérer sa famille du fardeau de ses objets inutiles – car c’est bien de cela qu’il s’agit à 90 % – tant qu’il est encore temps, est le plus bel acte d’amour.”

Dans The Guardian, Abigail Radnor prend le contre-pied exact : elle garde tout, ou presque. Quatre ans après la mort de sa mère, qui adorait les vêtements, elle a décidé de les porter.

Mettre les vêtements de sa mère

C’est même devenu un acte de deuil et de célébration, puisqu’il s’agissait d’un point commun entre les deux femmes. “Juste après sa mort, se souvient-elle, alors que la douleur était insoutenable, il m’était impossible de m’approcher de ses affaires.” Il lui a fallu des mois pour y parvenir et commencer à faire un tri (qui est d’ailleurs toujours en cours).

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“C’est souvent un aspect secondaire du deuil – ce qu’il faut faire des affaires laissées par un être cher – mais pour moi, cela a été un véritable bouleversement, d’une manière totalement inattendue. Ce fut à la fois épuisant et réconfortant. Cela m’a aidée à accepter ma nouvelle vie sans elle, mais aussi à célébrer tout ce qu’elle était.”

Aujourd’hui, après la mort de sa mère, Abigail Radnor porte les vêtements de celle-ci. Certaines pièces ont même été retravaillées par la créatrice Sophie Lewis, fondatrice du Reincarnation Club, qui transforme les habits de proches disparus en nouvelles tenues. Une façon de leur donner une seconde vie et de défier l’oubli.