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Qui sont les “personnages non joueurs” de la vraie vie ?

Concept fondamental du jeu vidéo, le “personnage non joueur” (PNJ) s’invite dans la vraie vie. Des danseurs s’amusent à reproduire leur façon si particulière de se déplacer, et s’attirent un vrai succès sur les réseaux sociaux. Mais le terme a aussi une dimension péjorative.

Qui sont les “personnages non joueurs” de la vraie vie ?
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Jeu vidéo. Qui sont les “personnages non joueurs” de la vraie vie ?

Ils font toute la différence entre un désert sans vie et un monde habité et mémorable. Les “personnages non joueurs” (PNJ) sont la pierre angulaire de nombreuses œuvres vidéoludiques. En particulier dans les jeux de rôle, où ils aident, combattent, ou tout ce qui se trouve entre les deux, les héros.

Comme le rappelle The Observer, les PNJ sont contrôlés par le programme du jeu. Et ont bien moins de marge de manœuvre que le joueur. L’hebdomadaire britannique poursuit : “Ils sont par définition jetables et non humains : ce sont des automates qu’on utilise quand on en a besoin, pour ensuite les bazarder. Alors pourquoi vouloir leur ressembler ?”

Si le journal pose cette drôle de question, c’est parce que les imitateurs de PNJ cartonnent sur les réseaux sociaux.

Et notamment le compte d’un couple de danseurs polonais, Loczniki, composé de Nicole Hoff (alias Nicki) et d’Oskar Szymkowski (alias Loczek). Regarder l’une de leurs chorégraphies donne la sensation d’être plongé dans un monde virtuel, que ce soit celui de Skyrim ou de Grand Theft Auto.

“Cette impression d’être dans un jeu vidéo vient purement de la performance de Nicki, fine observatrice. Elle a une démarche subtilement gauche, qui imite le léger décalage caractéristique des PNJ à mesure qu’ils s’adaptent aux mouvements des joueurs.”

Il y a quelques années, The New York Times s’était déjà intéressé à ce même duo. Et à la quantité de travail et de précision nécessaire pour reproduire ces démarches si peu naturelles.

Le quotidien américain avait interviewé Melissa Shim, qui travaille sur l’animation des personnages chez Riot Games (le studio californien derrière League of Legends).

“L’animation appliquée à la jouabilité, ce sont de nombreuses pièces de puzzle. […] Dans la vraie vie, quand on cesse de bouger, c’est progressivement qu’on devient immobile. Mais dans un jeu, ce côté graduel desservirait la réactivité, ce qui donnerait au joueur l’impression de moins contrôler la situation.”

Le résultat plaît autant aux gameurs qu’aux autres, comme en témoigne le succès de cette tendance sur TikTok.

Ainsi, le journal new-yorkais cite en exemple un petit groupe de danseurs français, connus sous le nom de Ghetto Trio, particulièrement experts dans l’imitation des personnages de Grand Theft Auto.

“Je trouve que ces vidéos rappellent l’esthétique ludique et légère des débuts de TikTok, que beaucoup de gens semblent vouloir retrouver. En même temps, elles nécessitent manifestement une virtuosité considérable.”

Jessica Maddox, enseignante-chercheuse à l’université de l’Alabama, spécialiste des réseaux interrogée par le New York Times

Qu’est-ce que ce phénomène dit de la société ? “Le principe est curieux, estime The Observer, et c’est peut-être une inversion du syndrome du personnage principal, un fantasme plus narcissique, courant sur Internet.”

Certes, les jeunes générations pratiquent plus largement les jeux vidéo, et il n’est donc pas surprenant que le jargon passe dans le vocabulaire courant.

Mais le phénomène, avance le média, est aussi peut-être lié à un sentiment de perte de contrôle, dû aux crises de l’économie, de la démocratie et du climat. “Si on ne peut rien changer à tout ça, alors peut-être que nous ne sommes pas les héros de notre histoire, après tout. Peut-être que nous ne sommes pas autre chose que des PNJ.”

Par ailleurs, l’acronyme PNJ (NPC dans sa forme anglaise) a aussi pris une tournure péjorative dans certains recoins d’Internet.

Chez les gameurs d’extrême droite, et autres soutiens très actifs de Donald Trump en ligne depuis 2016, il désigne globalement les adversaires politiques. Tous ceux qui ne pensent pas comme eux sont accusés de n’avoir aucune pensée critique et seulement des phrases toutes faites à prononcer.

Utilisé comme insulte, l’acronyme leur sert aussi à parler des femmes, des Noirs, des Juifs, des migrants…

“La déshumanisation n’a rien de nouveau, se désole The Observer. Mettre en doute le statut de sujet d’autrui est depuis longtemps la stratégie de ceux qui veulent justifier des actions ou des positions dont même eux savent qu’elles sont immorales.”

De fait, dans les jeux, beaucoup de PNJ finissent très mal. Et la journaliste britannique relève que son fils, quand il joue à Minecraft, construit des “fermes à mobs”, c’est-à-dire des structures qui massacrent automatiquement des créatures du jeu pour exploiter leurs ressources.

Loczniki propose des cours pour apprendre à imiter des PNJ, comme eux. Peut-être que se mettre dans la peau des personnages qui n’ont guère leur mot à dire permet de développer une nouvelle forme d’empathie pour eux.—

Hugo Florent
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