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Géopolitique

Raffaele Simone, philosophe : « Contrairement à Paris, Rome se dévégétalise et se recouvre d’un travertin brûlant »

Alors que les célèbres pins de la capitale italienne s’effondrent, faute d’entretien, livrant la ville à des chaleurs écrasantes, le linguiste déplore, dans une tribune au « Monde », l’absence de toute politique verte dans l’aménagement.

Raffaele Simone, philosophe : « Contrairement à Paris, Rome se dévégétalise et se recouvre d’un travertin brûlant »
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Les pins de Rome (Pinus pinea) sont depuis des siècles un élément iconique de la ligne d’horizon de la ville, avec leurs troncs très hauts et leurs frondaisons amples et denses. Ils ont même inspiré le titre d’un célèbre poème symphonique (1924) du compositeur Ottorino Respighi. Mais depuis quelque temps, ces pins parasol s’effondrent en nombre important, certes en raison des racines peu profondes de cette espèce, mais plus encore parce que leurs frondaisons trop lourdes les accablent, après avoir poussé sans contrôle du fait de la mystérieuse disparition des élagages.

Les pins ne sont pas les seuls végétaux à être en détresse à Rome : depuis quelques années, les habitants de tous les quartiers de la capitale signalent que de grands arbres apparemment en parfaite santé sont abattus, soit pour de nouveaux aménagements, soit pour être remplacés par des arbres plus jeunes. Mais ces jeunes pousses, négligées ou incapables de prendre racine, meurent immédiatement et ne sont pas remplacées. Malgré les questions et les protestations, aucune autorité municipale n’a fourni d’explication convaincante à ce massacre, si ce n’est le fait que, dans certains cas, l’effondrement d’arbres aux racines endommagées ou aux branches trop chargées a causé des accidents mortels.

La mairie de Rome fait valoir qu’en quatre ans, entre abattages et effondrements, 29 842 arbres ont été perdus. En 2021, Rome comptait un patrimoine de 315 884 arbres, donc ces 29 842 arbres abattus en quatre ans ne représentent que 9,4 % du total. Ces chiffres, pourtant, ne rassurent personne.

Des associations et des groupes se sont formés pour défendre la végétation urbaine, surtout lorsqu’elle est en bon état, et pour réclamer la reconstitution d’un service des jardins, absent depuis longtemps dans la capitale italienne. Il est intéressant d’en expliquer la raison : autrefois connu pour son efficacité et sa large présence dans la ville, ce service fut confié, entre 2008 et 2013, sous l’administration de Gianni Alemanno, issu de la mouvance post-fasciste (tout juste sorti de prison), à des coopératives gérées par des groupes de malfaiteurs (qui, eux aussi, ont fini en prison). Une fois ces coopératives disparues, le service des jardins s’est volatilisé, et depuis plus de dix ans, la végétation de Rome fait l’objet d’appels d’offres limités à de petites entreprises.

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