Le gouvernement américain a annoncé mercredi l’inculpation de Raúl Castro. L’ancien président cubain fait face à sept chefs d’accusation liés à la mort de trois Américains et d’un résident américain en février 1996 quand leurs avions avaient été abattus par des Mig cubains. L’annonce a eu lieu à Miami, “le cœur de la communauté cubaine exilée”, comme le décrit le Washington Post. Plus précisément, en centre-ville, à la Freedom Tower, “un bâtiment vieux de 100 ans, symbole de l’exil cubain”, indique El País.

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Le lieu n’a pas été choisi au hasard. La date non plus. L’inculpation remonte au mois d’avril mais elle a été officialisée ce 20 mai, le jour de l’indépendance de Cuba. “Considérée comme un jour de fête nationale par l’opposition”, la date est au contraire “démonisée par le régime qui le réduit à la célébration d’une république bourgeoise”, signale le Havana Times.

L’incident du 24 février 1996 avait “déclenché une crise diplomatique majeure” et conduit à un renforcement de l’embargo, rappelle le Times. “Un tournant dans les relations bilatérales”, dit encore le site. À l’époque, l’association Frères du secours survolait les côtes cubaines pour retrouver des dissidents quittant l’île. Deux de ses avions avaient été ciblés directement par l’armée de l’air cubaine alors que Castro était le ministre de la défense. Un autre avait réussi à s’échapper en restant caché dans les nuages, raconte CiberCuba. Son pilote, José Basulto, est toujours en vie aujourd’hui. Il a réagi avec “émotion” à la nouvelle, note le média en ligne. “Je souhaite cela depuis longtemps. J’ai souhaité que la justice soit rendue, que la justice devienne une réalité”, a-t-il déclaré.

Il n’est pas le seul. “Les Cubains américains du sud de la Floride ont célébré” l’inculpation de Raúl Castro, rapporte le Miami Herald. Le quotidien souligne que la mort des quatre Américains “vit depuis longtemps dans la mémoire collective” de la communauté. Pour Andy Herrera, un quinquagénaire originaire arrivé de Cuba dans les années quatre-vingt-dix, il s’agit d’une “victoire tardive”. Bryan Calvo, le maire de Hialeah, où vivent beaucoup d’exilés, a parlé d’“une blessure profonde dans notre communauté”. Cité par le Herald, il a expliqué que “nous sommes très heureux qu’il soit inculpé. Il n’est pas possible d’échapper à la justice”.

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Le précédent Maduro

“Le gouvernement des États-Unis n’a pas la légitimité et la compétence nécessaires pour mener cette action. Il s’agit d’un acte méprisable et infâme de provocation politique”, a réagi le gouvernement cubain, cité par Trabajadores, un média cubain.

El Mundo constate que “jusqu’ici, Washington n’avait encore jamais poursuivi au pénal” Fidel et Raúl Castro, “contrairement à ce que les États-Unis ont fait contre Nicolás Maduro depuis le début de la décennie”ABC News estime que cette initiative “marque une escalade majeure dans l’offensive que les États-Unis mènent actuellement pour pousser à un changement de régime” sur l’île. “Il n’y aura pas d’escalade. Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Cet endroit s’effondre. Le régime a perdu le contrôle”, a toutefois commenté Donald Trump.

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“Rien ne dit que Castro sera jugé puisque Cuba n’extrade personne vers les États-Unis”, pointe CBS News. “Les charges resteront probablement symboliques”, confirme le Washington Post. Le frère de Fidel, qui fêtera ses 95 ans dans quelques jours, conserve une grande influence à La Havane, même s’il n’est plus président ou premier secrétaire du parti. “La dynamique est similaire à celle de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro”, remarque Politico. Il a été inculpé de trafic de drogue en 2020 avant que les forces américaines ne le kidnappent début 2026.

“Raúl Castro sera-t-il le prochain Maduro ? ”, demande justement le Wall Street Journal. L’inculpation est en tout cas une “tentative bienvenue de justice”, à un moment où le régime cubain est plus vulnérable que jamais avec la perte du soutien du Venezuela. “L’inculpation de Raúl Castro ne suffira pas à elle seule à faire triompher la justice pour le peuple cubain”, concède le Miami Herald. Il en faudra bien plus. La libération des prisonniers politiques et des réformes démocratiques par exemple, liste le quotidien.

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