Deux articles interrogent, sous des angles différents, le rapport des Italiens à leur pays d’origine. Le quotidien économique ItaliaOggi explique que l’Italie a perdu 441 000 jeunes de 18 à 34 ans entre 2011 et 2024, soit 159,5 milliards d’euros de capital humain. “Des salaires plus élevés, de meilleures perspectives de carrière, une administration simplifiée et une réelle flexibilité professionnelle : telles sont les principales raisons qui poussent les jeunes diplômés italiens à quitter l’Italie pour l’étranger.” L’article s’appuie sur un rapport du Conseil national de l’économie et du travail (Cnel) italien, selon lequel 63 % des jeunes Italiens vivant à l’étranger n’excluent pas de revenir si les conditions s’améliorent. Pour 83 %, une rémunération plus élevée serait une condition “extrêmement pertinente” et 88 % jugent essentiels des emplois adaptés à leurs compétences. Ceux qui sont partis se sont généralement installés aux Pays-Bas, en Irlande, en Espagne, au Danemark, en Belgique, au Royaume-Uni et en Allemagne, pays plus attractifs qui “sont aussi ceux où le déclin de la jeunesse est le moins marqué” (l’Allemagne étant une exception).
Cependant, même si les conditions matérielles le permettaient, le retour serait une épreuve. Dans le magazine britannique Aeon, l’écrivain Ben Faccini, qui vit à Londres, raconte justement le lien ambivalent des descendants de la diaspora – 80 millions de personnes en tout – avec l’Italie, largement idéalisée, à travers les souvenirs, la cuisine, la langue et les retours dans la famille restée au pays. Les “petites Italie” à travers le monde “évoquent désormais surtout des lieux d’une italianité historique, voire fanée”, selon lui. Il parle d’un “attachement viscéral à l’Italie” que lui-même a voulu transmettre à ses enfants, et d’une “grande fierté”, couplée à de la nostalgie pour un pays fantasmé. Mais “derrière chaque image idéalisée du pays se cache une réalité plus sombre” : la discrimination à l’étranger et, en Italie, la difficulté à faire valoir ses liens de sang pour obtenir la nationalité italienne. Les frères de Ben Faccini se sont mariés avec des Italiennes. L’un d’eux vit désormais en Italie.
Le rapport du Cnel mise sur la rémunération et les perspectives de carrière pour faire revenir les jeunes, mais le récit de Ben Faccini rappelle que l’on revient aussi pour une personne, une maison de famille, une langue qu’on n’a pas voulu perdre. Encore faut-il que le pays retrouvé ressemble à celui dont on gardait le souvenir.
“L’Italie a tout pour elle… mais je ne m’y suis pas retrouvée”
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