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À l’heure où tous les regards sont fixés sur Ormuz, le détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la mer Rouge à la mer d’Arabie, s’affirme comme l’autre axe stratégique du commerce mondial.
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Nouvel acteur incontournable de la corne d’Afrique, un pays autrefois marginalisé est en passe de devenir un partenaire fiable à l’international.
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Une reconnaissance qui s’appuie sur la promotion d’un patrimoine archéologique exceptionnel au potentiel touristique certain.
Somaliland ! Un nom qui sonne comme un parc d’attractions pour cette terre aride de 177 000 km² où réside une population nomade d’origine somalie. C’est une terre d’élevage de 16 millions de têtes de bétail pour seulement 4 millions d’habitants. Au début du XXe siècle, un certain Henry de Monfreid s’est aventuré sur ses côtes, pratiquant le commerce de contrebande d’armes et de haschich sous l’œil flegmatique d’un administrateur colonial britannique peu regardant. L’aventurier français est croqué par Hergé dans Les Cigares du pharaon (1934), où il avertit un Tintin prisonnier que son boutre est prêt à sauter.
Dans cette région-poudrière, le Somaliland a fait sécession d’une Somalie sombrant un peu plus dans la guerre civile. Depuis, la jeune république s’est dotée de toutes les apparences d’une démocratie avec une assemblée, un sénat, un président élu à la majorité. Bien que la culture tribale soit présente en creux et la constitution basée sur la charia, le Somaliland connaît une période de paix inégalée depuis son indépendance en 1991.
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Un territoire sécessionniste aux multiples atouts
Premier partenaire économique du pays, l’Arabie saoudite a inauguré en 2026 le terminal de Berbera, seul port en eau profonde du golfe d’Aden. Les boutres des pêcheurs d’antan ont laissé place aux superpétroliers à l’heure où 15 % du commerce maritime mondial passe par ces côtes. Les voisins éthiopiens, émiratis, mais aussi la Turquie et Taïwan se positionnent au Somaliland, devenu le compétiteur de Djibouti largement sous influence chinoise. L’entrée d’un nouvel acteur dans la région est aussi stratégique sur le plan sécuritaire. En janvier 2026, alors enlisé dans le conflit avec l’Iran, Israël devient le seul pays membre de l’ONU à reconnaître officiellement le Somaliland. Fidèle à sa stratégie de contournement des pays hostiles à ses frontières, l’État hébreu entérine une présence militaire à 300 kilomètres du Yémen. Les rebelles houthis sont pris à revers sur leur flanc sud. Quant à la France, elle cherche un équilibre dans son influence régionale fortement concurrencée à Djibouti. Corridor commercial, bientôt pays fournisseur de matière première — la région serait riche en lithium —, le Somaliland possède un autre atout révélé par une mission scientifique française.
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La nation du Lascaux africain
Pays de la mer Rouge, bassin d’échange depuis la plus haute antiquité, le Somaliland a préservé une architecture islamique et coloniale, mais aussi un patrimoine immatériel riche de traditions orales. Son hinterland abrite une faune exotique, tels les célèbres guépards somaliens, objets d’un intense trafic. Mais c’est l’héritage rupestre qui singularise le Somaliland comme une terre d’histoire. En 2002, envoyés par la commission des fouilles du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, des archéologues français prospectent la savane et révèlent la grotte de Laas Geel. Trois cents dessins aux couleurs vives figurant des animaux sauvages et domestiqués apparaissent aux chercheurs qui la baptisent aussitôt le « Lascaux africain ». Parmi les bovins et dromadaires se dessinent des girafes, aujourd’hui disparues. Datées du troisième millénaire avant J.-C., ce sont les plus vieilles peintures rupestres de la corne de l’Afrique. Le Somaliland s’affirme comme un territoire au fort potentiel archéologique pour écrire l’histoire des premières sociétés néolithiques du continent africain. Un levier pour favoriser une coopération diplomatique inédite. Avec cette découverte, l’Agence française de développement (AFD) s’est engagée à valoriser ce site exceptionnel pour un montant de 2 millions de dollars. Le projet de coopération a été confié à Expertise France en partenariat avec des autorités locales désireuses de mettre en lumière un patrimoine devenu symbole d’une nation sortie de l’ombre.
Vers un scénario touristique jordanien ?
Les peintures rupestres du Somaliland figurent des scènes pastorales qui font écho au mode de vie traditionnel de ses habitants. La valorisation de cette culture pré-islamique est une manière d’entériner le récit d’indépendance d’une nation à la continuité parfaite depuis la plus haute antiquité. Par ce biais, le Somaliland se montre en État éclairé face au Puntland frontalier, où la préservation du patrimoine n’est pas la valeur première des groupuscules islamistes Al-Shabab et ISS qui y prospèrent. Donner les garanties de protection du site est donc une étape nécessaire pour une reconnaissance à l’UNESCO, prélude à une hypothétique aide de développement international.
À l’instar de la Jordanie pour le Proche-Orient, faire du Somaliland l’arche régionale pour apaiser la bouillonnante corne d’Afrique.
Désormais, le Somaliland est fort d’une marque territoriale au même titre que le site nabatéen d’Al-Ula pour l’Arabie saoudite. Laas Geel se veut une bannière pour un pays en voie d’émergence qui rêve d’exister sur la carte du monde. Pays stable dans une région instable, la région offre les garanties sécuritaires nécessaires pour la création d’infrastructures tertiaires. Aujourd’hui, le Somaliland a les moyens d’être une destination pour un écotourisme en quête de nouvelles frontières. Les autorités misent sur le développement du « Petra local » afin de drainer bientôt un tourisme mondial. Et, à l’instar de la Jordanie pour le Proche-Orient, faire du Somaliland l’arche régionale pour apaiser la bouillonnante corne d’Afrique.
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