[Cet article est extrait du numéro 1869 de Courrier international, “Sommes-nous devenus stupides”, en vente du 27 août au 2 septembre 2026]

Les experts en étaient convaincus : le XXᵉ siècle allait nous rendre idiots. Jamais auparavant la culture et les progrès technologiques n’avaient transformé le quotidien avec une telle rapidité, et chaque nouvelle invention s’accompagnait de mises en garde alarmistes sur les dégâts qu’elle ne manquerait pas d’infliger à nos cerveaux, jugés aussi fragiles que vulnérables. L’ampoule électrique, la radio, les bandes dessinées, le cinéma, la télévision, le rock, les jeux vidéo, les calculatrices, la pornographie à la demande, l’Internet des débuts ou encore les films Batman de Joel Schumacher : toutes ces nouveautés, nous avertissait-on, allaient inévitablement nous transformer en parfaits abrutis.

Une modernité source de progrès cognitifs

Les résultats des tests racontaient pourtant une tout autre histoire. À partir des années 1930, aux États-Unis comme dans une grande partie du monde développé, les scores de QI ont commencé à grimper. Et ils n’ont plus cessé de le faire, gagnant en moyenne près de 3 points par décennie. Une progression si importante qu’au tournant des années 2000 un individu tout à fait ordinaire aurait, sur le papier, affiché