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Têtes de cochon, « synagogues vertes »…. Dans les coulisses des opérations de désinformation russes visant la France
Par Damien Leloup, Lucas Minisini, Florian Reynaud et Martin UntersingerEnquêteDes documents internes aux entreprises chargées de mener des campagnes de désinformation pour le compte du Kremlin illustrent l’évolution de la stratégie russe vers les opérations « hybrides ».
Les dix têtes de cochon sont posées à même la table. On voit encore, à l’arrière-plan, le pot et les pinceaux qui ont servi écrire « Macron » à la peinture bleue. Quelques heures plus tard, dans la nuit du 8 au 9 septembre 2025, ces têtes sont déposées devant neuf mosquées et lieux culturels musulmans à Paris et en proche banlieue, occasionnant un émoi médiatique et politique qui durera plusieurs jours. Fin septembre, l’enquête aboutira à l’arrestation de onze personnes en Serbie et à la condamnation de trois d’entre elles pour avoir agi pour le compte d’un service de renseignement russe.
La photo orne la première page d’un document détaillant par le menu cette opération qui visait à choquer l’opinion en France. Au fil des neuf pages défilent des photos, selon toute vraisemblance prises par les auteurs de l’opération, où l’on voit clairement, souvent sous plusieurs angles, les têtes déposées nuitamment devant les mosquées et les lieux culturels. Ces photos n’ont pas été diffusées publiquement, accréditant le fait qu’elles ont bien été prises à destination des commanditaires.
Ce document est issu d’une fuite de données qui compte plusieurs dizaines d’autres pièces, obtenues par le média estonien Delfi et partagées avec plusieurs médias, dont Le Monde. Les fichiers – dont certains ont déjà été évoqués dans la presse allemande et arménienne – sont issus d’entreprises proches de l’administration présidentielle russe et en particulier de la Social Design Agency (SDA), une officine active dans les opérations d’ingérence numérique du Kremlin et déjà placée sous sanctions occidentales. Ils démontrent le rôle croissant de cet écosystème, qui ajoute à ses missions traditionnelles de désinformation en ligne des opérations dites « hybrides », avec l’emploi d’hommes de main pour mener des actions dans l’espace public. Le but : semer le trouble dans les sociétés occidentales de manière générale, et en France en particulier.
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