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TikTok, influenceurs et gangs : en Haïti, le téléphone devient aussi une arme

En Haïti, la guerre des gangs ne se joue plus seulement dans les rues, à coups d’armes et de barricades. Elle se déroule aussi sur les téléphones, au fil des directs TikTok, des cadeaux virtuels et des audiences de plusieurs milliers de personnes. Alors que des familles fuient leurs quartiers

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7 septembre 2026
TikTok, influenceurs et gangs : en Haïti, le téléphone devient aussi une arme
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TikTok, influenceurs et gangs : en Haïti, le téléphone devient aussi une arme

  • by Rezo Nodwes
  • 7 septembre 2026
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En Haïti, la guerre des gangs ne se joue plus seulement dans les rues, à coups d’armes et de barricades. Elle se déroule aussi sur les téléphones, au fil des directs TikTok, des cadeaux virtuels et des audiences de plusieurs milliers de personnes.

Alors que des familles fuient leurs quartiers, que des habitants abandonnent leurs maisons et que des journalistes travaillent sous la menace, une autre bataille se mène derrière les écrans : celle du récit, de l’influence et de la visibilité. Dans cet univers, un « Lion », un « Univers » ou tout autre cadeau virtuel ne représente pas seulement une animation éphémère. Ces dons s’inscrivent dans une économie numérique réelle, susceptible de générer des revenus pour les créateurs de contenu.

Dès lors que des personnes liées, de près ou de loin, à des groupes armés interviennent dans ces espaces, une question d’intérêt public se pose : qui finance qui, dans quel but et avec quelles éventuelles contreparties ?

Le phénomène ne relève plus uniquement des rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux. Le rapport S/2025/85 des Nations unies examine directement l’usage des plateformes numériques par les gangs haïtiens. Selon ce document, ces groupes utilisent les réseaux sociaux pour diffuser leur propagande, mettre en scène leur puissance, délégitimer les institutions, recruter et intimider.

Le rapport évoque notamment l’organisation de directs TikTok par des chefs de gangs afin de promouvoir leurs actions, menacer leurs adversaires et s’adresser directement à une audience parfois très large. Il ne s’agit donc plus seulement de vidéos provocatrices : les réseaux sociaux sont devenus un levier de communication pour des organisations criminelles.

La question des cadeaux TikTok mérite, elle aussi, une attention particulière. Selon des informations de presse reprises par le rapport onusien, Renel Destina, connu sous le nom de « Ti Lapli », aurait envoyé des cadeaux virtuels à plusieurs influenceurs haïtiens. Le document cite notamment les pseudonymes « Tati Mendel », « Commandant », « Parrola », « Belle-Enfant » et « Trapalman ».

Cette mention appelle toutefois à la prudence. Être cité dans un tel contexte ne signifie pas appartenir à un gang. Recevoir un cadeau virtuel ne constitue pas davantage, à lui seul, la preuve d’une complicité criminelle. Toute responsabilité individuelle doit reposer sur des éléments vérifiables, une enquête rigoureuse et, le cas échéant, une décision de justice.

Mais la prudence ne doit pas devenir un prétexte pour refuser de poser les bonnes questions. Lorsqu’une personne associée à un groupe criminel participe à un direct et distribue des cadeaux convertibles en revenus, il est légitime de s’interroger : s’agit-il d’une recherche de visibilité, d’une stratégie d’influence, d’une tentative de gagner des soutiens ou d’établir des relais ? Existe-t-il des contreparties ? Des messages sont-ils transmis avant ou après ces transactions ?

Un autre phénomène inquiète : la transformation de certains espaces numériques en territoires contrôlés par des communautés organisées. Une opinion divergente peut rapidement déclencher une campagne contre son auteur : appels au signalement, attaques contre sa réputation, diffusion d’accusations ou tentatives de suspension de compte.

Le désaccord n’est alors plus traité par le débat, mais par une logique de neutralisation. Et lorsque l’argent entre en jeu pour financer des campagnes d’humiliation, diffuser de fausses accusations ou discréditer une cible, l’affaire peut dépasser la simple querelle entre influenceurs pour relever, selon les faits, du harcèlement, de la diffamation ou de l’intimidation.

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