Donald Trump a signé mardi un décret “demandant aux entreprises technologiques de soumettre volontairement leurs nouveaux modèles d’intelligence artificielle (IA) à la supervision du gouvernement avant de les rendre publics”, résume The New York Times.
Ce décret constitue “la mesure la plus importante de l’administration Trump pour réglementer l’IA” et fait suite à “des mois de débats au sein du gouvernement sur la manière de gérer l’IA et ses effets sur la cybersécurité et la sécurité nationale”, observe le quotidien.
Les conseillers du président américain “sont divisés quant à la manière de réagir face à une nouvelle génération d’outils d’IA capables de s’introduire dans les systèmes informatiques”, confirme The Washington Post. Le locataire de la Maison-Blanche devait déjà signer un décret à ce sujet le mois dernier, mais avait fait marche arrière “suite aux pressions de dernière minute des dirigeants” du secteur et de son ancien conseiller pour l’IA, David Sacks.
Démarche entièrement volontaire
Signé discrètement, sans photographes ni caméras, le décret stipule que “les laboratoires d’IA peuvent mettre leurs modèles à la disposition du gouvernement pour une période pouvant aller jusqu’à 30 jours avant de les rendre publics”, précise The Hill.
Le délai prévu dans la précédente version du texte était de 90 jours, “un point qui avait suscité des controverses lors de l’élaboration du projet”, note le site. “Le développement de l’IA s’inscrivant dans des délais beaucoup plus courts, l’industrie avait exprimé la crainte qu’un tel délai ne vienne entraver la concurrence avec d’autres laboratoires”.
Pour le reste, le décret signé mardi reprend peu ou prou toutes les dispositions de la précédente version, notamment le fait que la démarche “est entièrement volontaire pour les entreprises du secteur de l’IA”.
“Aucune disposition” ne saurait être interprétée comme “autorisant l’instauration d’une exigence gouvernementale obligatoire de licence, d’autorisation préalable ou de permis pour le développement, la publication, la diffusion ou la distribution de nouveaux modèles d’IA, y compris les modèles de pointe”, stipule ainsi le décret.
Cadre insuffisant
Pour CNET, le problème du décret n’est pas tant ce qu’il prévoit que ce qu’il omet, notamment “l’absence de dispositions coercitives ou d’exigences contraignantes à l’égard des entreprises d’IA”. Il ne précise pas non plus “ce qu’il adviendrait si le gouvernement, ayant obtenu un accès anticipé à un modèle d’IA, y découvrait un problème majeur”.
Le site a fait réagir Anthony Aguirre, PDG et président du Future of Life Institute – une organisation à but non lucratif dédiée à la sécurité de l’IA –, qui estime que “les cadres volontaires ne suffisent pas” pour réguler le secteur.
“Nous avons besoin d’un processus gouvernemental obligatoire d’examen préalable pour les systèmes d’IA les plus puissants”, déclare-t-il. “Un processus qui permettrait au gouvernement de bloquer la mise sur le marché de systèmes présentant un risque inacceptable pour la sécurité nationale”.
“Course contre la montre”
The Washington Post rappelle que le débat au sein du gouvernement s’est accéléré en avril, lorsque la société Anthropic a dévoilé son modèle Mythos, “capable de détecter efficacement les failles de sécurité dans les logiciels – des failles que des pirates informatiques pourraient ensuite exploiter”.
Cette nouvelle avait déclenché “une véritable course contre la montre au sein de l’administration Trump” pour savoir comment réagir à ces risques, pouvant toucher aussi bien les entreprises que les services gouvernementaux.
Pour The Wall Street Journal, ce décret, signé “sans fanfare” illustre surtout “la difficulté qu’éprouve M. Trump à concilier les factions rivales au sein de la Maison-Blanche : l’une réclamant un contrôle accru sur les modèles, l’autre cherchant à lever tous les obstacles au déploiement de l’IA”.
Le débat n’est pas nouveau : “les implications de cette technologie pour l’économie et la sécurité nationale avaient également mis l’administration Biden à rude épreuve, et divisé le Congrès, qui n’a toujours pas adopté de législation sur l’IA”, note le quotidien économique.
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