Le retour à la normale est loin d’être acquis à Ceuta, clame, à l’unisson, la presse espagnole, du site de gauche Público au média conservateur El Español. Un mois après l’arrivée massive et soudaine d’environ 80 000 migrants clandestins en provenance du Maroc dans cette enclave autonome espagnole qui compte à peu près le même nombre d’habitants, “la tension et la polarisation” sont telles que la ville prend des allures de “cocotte-minute”, assure Público.

Invité au micro de la matinale radio du 31 août de la Cadena Ser, la plus écoutée d’Espagne, le Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez, a indiqué que 5 000 migrants arrivés à Ceuta il y a un mois, dont 1 200 mineurs non accompagnés, étaient encore présents sur place. Son gouvernement est accusé par la quasi-totalité des journaux espagnols, à l’instar du quotidien de droite ABC, de n’avoir “pratiquement rien” fait pour gérer la crise. Il doit approuver en conseil des ministres, mardi 1ᵉʳ septembre, la création d’un organisme spécial pour Ceuta.

À lire aussi : Reportage. Dans les rues de Ceuta, “on nous a ignorés jusqu’à ce qu’il soit trop tard”

Sánchez a aussi promis une aide de 168 millions d’euros à ce territoire pris au piège d’“une montagne russe émotionnelle”, souffle le journal local El Faro de Ceuta. “Jour après jour, poursuit le titre ceutien, l’indignation, la peur et l’impuissance s’installent en nous, transformant le malaise individuel en une tension collective de plus en plus difficile à contenir.”

Scènes de violence

Ce ressentiment s’est particulièrement manifesté le 27 août, lorsqu’un groupe d’habitants de Ceuta, après avoir participé à un rassemblement contre le gouvernement espagnol, a incendié “les lits de fortune et les quelques effets personnels de migrants” dans un campement installé sur la plage d’El Trampolín, remet Público.

“Quelques minutes avant cet incident, retrace le média progressiste, ils avaient empêché des bénévoles de la Croix-Rouge de distribuer de la nourriture dans la zone.” Público assure également avoir entendu des slogans tels qu’“envahisseurs, expulsion”, toujours au même endroit, le 28 août. Plusieurs rassemblements de soutien à la population de Ceuta sont prévus partout en Espagne le 2 septembre.

À lire aussi : Vu d’Espagne. À Ceuta, le grand bal des hypocrites

“Il va sans dire que ces scènes ne peuvent en aucun cas être justifiées et méritent d’être condamnées sans réserve”, pose El Español, soulignant que, “dans un État de droit, la violence ne saurait être un moyen de résoudre les conflits”. Néanmoins, des caillassages d’agents des forces de l’ordre par les migrants ont aussi été constatés sur place ces derniers jours, assure le média de droite.

En parallèle, le parquet espagnol a recensé vingt-trois agressions sexuelles sur des femmes, y compris mineures, survenues au moment de l’entrée massive de migrants à Ceuta, révèle la radio Cadena Ser, lundi 31 août. Huit hommes (quatre Marocains, trois Espagnols et un Belge) font l’objet d’une enquête, précise le média.

Ceuta prise “en otage”

Dans ce contexte, les partis de droite traditionnelle (PP) et d’extrême droite (Vox) en profitent “pour attaquer le gouvernement” et sa récente régularisation massive de sans-papiers, observe Público. Sur les ondes de la Cadena Ser, Pedro Sánchez a de son côté suggéré que la Russie et Israël ont contribué à diffuser et à amplifier les fausses informations entourant cette crise migratoire.

À lire aussi : Vu d'Italie. Comment la crise des migrants à Ceuta fait monter la tension entre Rome et Madrid

Le chef du gouvernement espagnol a, en outre, expliqué que son pays continuait à “enquêter” sur ses causes, en prenant soin d’écarter toute implication du Maroc. Une manœuvre qui agace ABC, pour qui Rabat a instrumentalisé sa population afin de faire pression sur le gouvernement espagnol, “prenant de fait la population ceutienne en otage”.

Le quotidien madrilène estime que “si le gouvernement reste les bras croisés et continue d’excuser l’agresseur extérieur tout en cherchant des boucs émissaires internes (tels que l’extrême droite’)”, alors la situation ne s’améliorera pas dans l’enclave.