Le ministre de la sécurité nationale israélien, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l’étranger en publiant une vidéo de militants de la dernière flottille pour Gaza agenouillés et les mains liées, après leur interception en pleine mer.
« Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous », lance, triomphant, le ministre d’extrême droite sur des images publiées sur sa chaîne Telegram, avec l’hymne national israélien en musique de fond. On y voit des dizaines de militants agenouillés les uns à côté des autres, visages collés au sol et mains liées, sur le pont d’un bateau de la marine israélienne. Une jeune femme qui crie « Libérez la Palestine » au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.
« Atteinte à la dignité humaine »
Les réactions étrangères n’ont pas tardé. Le traitement réservé aux militants, parmi lesquels figurent de nombreux Italiens, a été jugé « inadmissible » par Rome, qui a exigé « des excuses », « monstrueux, indigne et inhumain » par Madrid, « totalement inacceptable » par Berlin, tandis que Dublin s’est dit « consterné et choqué » par la vidéo.
« Il est inadmissible que ces manifestants, parmi lesquels figurent de nombreux citoyens italiens, soient soumis à un traitement qui porte atteinte à la dignité humaine », ont affirmé la première ministre italienne, Giorgia Meloni, et son ministre des affaires étrangères, Antonio Tajani, dans un communiqué commun.
La France a annoncé avoir convoqué l’ambassadeur israélien pour les « agissements inadmissibles » du ministre Ben Gvir, coutumier des outrances. Le Canada a également annoncé mercredi avoir convoqué l’ambassadeur israélien pour le « traitement odieux » des militants, de même que la Belgique, l’Espagne et les Pays-Bas.
Le comportement de Ben Gvir « est inacceptable et absolument condamnable » pour le chef de la diplomatie grecque, Giorgos Gerapetritis, qui a annoncé dans un communiqué avoir déposé « une protestation officielle ». Des militants grecs qui faisaient partie de la flottille ont déclaré que 19 Grecs avaient été détenus lors de l’opération.
Images qui ne sont « pas conformes avec les valeurs d’Israël »
La vidéo humiliante a indigné jusqu’au gouvernement israélien. Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a ainsi jugé que de telles images n’étaient « pas conformes avec les valeurs d’Israël ». Et son ministre des affaires étrangères, Gideon Saar, a accusé son collègue d’avoir « sciemment nui » à l’image du pays avec « ce spectacle honteux ». « Non, vous n’êtes pas le visage d’Israël », a insisté le chef de la diplomatie.
S’il a critiqué le comportement de son ministre, M. Nétanyahou a appelé à expulser les militants « dès que possible ». « Israël a pleinement le droit d’empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d’entrer dans nos eaux territoriales et d’atteindre Gaza », a-t-il déclaré dans un communiqué.
Les forces israéliennes avaient intercepté lundi au large de Chypre les bateaux de la flottille, et ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention, dans le sud d’Israël, des centaines de militants propalestiniens qui se trouvaient à bord. Les forces israéliennes ont ouvert le feu sur au moins deux navires, ont annoncé mardi les organisateurs de la flottille, ajoutant qu’aucune victime n’avait été signalée.
Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère des affaires étrangères israélien a fait savoir que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.
« Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l’aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales et conduits en territoire israélien entièrement contre leur volonté », a commenté l’organisation de défense des droits humains Adalah, précisant que certains étaient arrivés au port d’Ashdod, où ils sont détenus.
De graves pénuries de nourriture à Gaza
Une cinquantaine de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.
Un porte-parole du ministère des affaires étrangères a précisé que les membres de la flottille Global Sumud arrêtés pourraient rencontrer leurs représentants consulaires. « Cette flottille s’est une fois de plus révélée n’être rien de plus qu’un coup de communication au service du Hamas », a ajouté le porte-parole, en référence au mouvement islamiste palestinien, qui a mené l’attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza. Le Hamas a également fustigé mercredi la vidéo, en dénonçant la « dépravation morale » d’Israël.
Israël contrôle tous les points d’entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007. Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d’aide humanitaire.
Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l’Europe. Deux d’entre eux ont été amenés en Israël, détenus pendant plusieurs jours puis expulsés.