Venezuela : alors que le bilan s'alourdit, l’ONU intensifie sa réponse
Les pelleteuses continuent de déplacer les montagnes de gravats. Des survivants sont toujours retrouvés sous les décombres. Mais cinq jours après les violents séismes qui ont frappé le nord du Venezuela, les Nations Unies commencent déjà à préparer une reconstruction qui s'annonce longue et complexe.
Les autorités vénézuéliennes ont annoncé lundi qu'au moins 1 719 personnes avaient péri dans les séismes du 24 juin. Près de 5 000 autres ont été blessées et environ 12 000 habitants ont dû quitter leur domicile. Le nombre de disparus n'a toujours pas été établi.
Pourtant, l'espoir n'a pas totalement disparu. Sept personnes ont encore été extraites vivantes des décombres dimanche, a indiqué lors d’un point de presse le principal responsable humanitaire des Nations Unies dans le pays, Gianluca Rampolla. Une découverte qu’il a qualifié de « miracle » susceptible de justifier la poursuite des recherches au-delà de la période des 72 heures généralement considérée comme la plus propice au sauvetage.
Dans le même temps, les autorités et les Nations Unies se préparent à une aggravation du bilan. Selon M. Rampolla, 10 000 housses mortuaires sont attendues afin de faire face au nombre de victimes qui pourraient encore être retrouvées.
Sept États vénézuéliens ont été touchés, mais les destructions se concentrent principalement dans l'État de La Guaira, à une quarantaine de kilomètres au nord de Caracas, et dans la capitale vénézuélienne. Environ 2 500 bâtiments ont été endommagés, dont un grand nombre se sont totalement effondrés.
Les secours s'adaptent à une catastrophe qui s'installe
Le danger demeure omniprésent. Près de 500 répliques ont été enregistrées depuis les deux principaux séismes, dont une secousse de magnitude 5,2 dans la nuit de dimanche à lundi. À cette instabilité s'ajoute désormais la menace de fortes pluies liées à une onde tropicale.
« Nous continuons d'intervenir dans un environnement à haut risque », a souligné M. Rampolla.
Plus de 2 000 secouristes venus de 27 pays, épaulés par plus de 160 chiens de recherche, sont aujourd'hui déployés au sein d'une quarantaine d'équipes.
« Parallèlement aux opérations de recherche et de sauvetage, nous travaillons avec le gouvernement pour fournir des soins médicaux d'urgence, des abris, une aide alimentaire, de l'eau potable, des services d'assainissement, un appui logistique afin d'assurer non seulement le stockage mais aussi la distribution de toutes les fournitures qui arrivent dans le pays, ainsi qu'une protection aux populations », a expliqué M. Rampolla.
L'ONU prépare par ailleurs un nouvel appel de fonds afin de compléter le plan humanitaire déjà en vigueur dans le pays.
Après l'urgence, le temps long
À La Guaira, trois centres d'assistance sont en cours d'installation pour accueillir les familles ayant perdu leur logement. Elles y recevront des soins médicaux, de la nourriture, de l'eau, un soutien psychosocial ainsi que des services de protection.
Pour Vanessa May, responsable au Venezuela de la branche humanitaire de l’ONU (OCHA), la catastrophe ne se résume pas aux destructions matérielles.
« Passer d'une maison, d'un foyer, à un centre d'hébergement ou à un logement temporaire ne sera pas facile », a-t-elle expliqué dans un entretien.
Le soutien psychologique sera, selon elle, aussi indispensable que les soins ou l'aide alimentaire.
« Certaines personnes ont simplement besoin d'une étreinte », confie-t-elle, évoquant les familles suspendues à l'espoir de retrouver un proche vivant, mais aussi celles qui savent déjà que les leurs demeurent ensevelis sous les décombres.
Lorsque les opérations de recherche prendront fin, les Nations Unies et leurs partenaires procéderont à une évaluation rapide des besoins, notamment ceux des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. Viendront ensuite les opérations de déblaiement et les premiers travaux de remise en état, avec une attention particulière portée aux écoles et aux hôpitaux endommagés.
La reconstruction, prévient Mme May, sera un chantier de longue haleine. Avant toute réinstallation des familles déplacées, il faudra identifier des sites d'accueil et réaliser des études de stabilité des sols.
« Cela prendra du temps », résume-t-elle.
Selon elle, la rapidité de la mobilisation initiale s'explique par le dispositif humanitaire mis en place au Venezuela depuis 2019, qui rassemble les agences des Nations Unies, la Croix-Rouge et de nombreuses organisations non gouvernementales nationales et internationales.
Reste désormais un autre défi : maintenir le niveau d’aide alors que l'émotion des premiers jours s'estompe.
« Il ne faut pas que cet élan de solidarité s'essouffle », a plaidé Mme May, appelant la communauté internationale à ne pas détourner son regard une fois passée l'urgence.
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