La venue du pape Léon XIV en France a mobilisé nombre de victimes ou de collectifs qui se sont constitués en réaction aux violences émanant d’acteurs ecclésiaux, qu’elles soient sexuelles, spirituelles ou d’emprise. Cette réaction rejoint celle de certains des pays déjà visités par le pontife romain et dit, à sa manière, la difficulté pour l’Eglise institutionnelle à écouter sérieusement ces victimes.
Certes, l’institution catholique a mis en place des modalités et des structures de reconnaissance, de réparation et de prévention là où la plupart des autres institutions traînent des pieds ; il faut saluer cela. Néanmoins, ici comme ailleurs, si les causes présidant aux violences ne sont pas traitées, les mêmes réalités aboutiront aux mêmes résultats.
Or dans l’Eglise catholique, le verrou cléricaliste « pouvoir, sexe, genre » maintient de nombreux dysfonctionnements qui s’alimentent réciproquement de manière systémique : le pouvoir lié à l’obligation de célibat, les ministères ordonnés réservés à la seule gent masculine détenant donc quasiment tous les pouvoirs (législatif, exécutif et de gouvernement), des femmes invisibilisées pour l’essentiel… Malgré certaines bonnes volontés, le système rend toujours possibles de nombreuses dérives.
Vocabulaire tendancieux
Un exemple récent : le 9 juillet, à Lyon, le père Jean-Bernard Plessy quitte la direction de l’Institution des Chartreux, établissement scolaire catholique renommé, évoquant une fatigue physique et mentale. Il faut attendre septembre pour que le diocèse de Lyon publie un communiqué révélant une réalité tout autre, en usant d’un vocabulaire pourtant tendancieux : il y est question d’une « relation » avec une étudiante, alors que la plainte déposée concerne des « viols et agressions sexuelles aggravés ».
N’y a-t-il pas encore une immense méconnaissance du traumatisme des victimes et de leur difficulté à trouver les mots pour se faire entendre ? Bien des détenteurs de l’autorité estiment aujourd’hui qu’ils « savent » et n’ont donc plus à écouter. Or les victimes sont, de par leur expérience, dépositaires d’un savoir singulier, sorte d’estampille de la manière souvent inimaginable dont un auteur de violence a transgressé les normes. Elles ont cependant elles aussi à laisser, grâce à l’accompagnement, un savoir rationnel irriguer leur savoir émotionnel, car éprouver n’est pas superposable à comprendre. Et médicalement, on sait que la gravité d’un traumatisme n’est pas forcément liée à la gravité de la transgression.
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