Bien plus qu’un déplacement géographique, l’expatriation est une expérience à la fois éprouvante et enrichissante, qui bouscule l’identité et le sentiment d’appartenance.
“Vous comprenez que la migration n’est pas seulement une affaire de mouvement, mais le fait de vivre deux vies : la moitié de vous reste là d’où vous venez, et l’autre moitié s’installe dans le pays d’accueil”, raconte la chercheuse nigériane Abisola Olawale, doctorante au Centre for Migration, Diaspora, Citizenship and Identity de l’université de l’Écosse de l’Ouest, dans The Conversation.
Isolement et perte de repères
Dans les pages de Vogue Singapore, la journaliste australienne Dominique Yohanes dresse le même constat et décrit ce que l’expatriation a modifié chez elle, bien au-delà de l’étape professionnelle. “Face à la ‘toile vierge’ d’un nouveau lieu et de nouvelles communautés, il m’appartenait de décider qui je voulais devenir”, se souvient-elle. Cependant, tout le monde ne parvient pas à transformer cette occasion en source de joie. Depuis dix ans, le Sud-Africain Andre Neveling sillonne le monde en expatrié : Dubaï, Abou Dhabi, Singapour, Hong Kong, puis la Thaïlande. Dans un récit publié par le site Business Insider, il confie que cette vie d’ailleurs, qu’il avait rêvée de liberté et d’aventure, s’est lentement muée en perte d’ancrage :
“Le plus difficile, ce n’est pas de s’adapter à une nouvelle culture ou de trouver un appartement. C’est de se rendre compte, des années plus tard, des sacrifices silencieux et permanents qu’impose ce mode de vie.”
Ce déchirement est bien connu des enfants de la “troisième culture”, ou “TCK”, qui oscillent entre adaptation et déracinement, observe le Khaleej Times depuis Dubaï. “Quand les gens me demandent d’où je viens, je m’arrête un instant, parce que je ne sais pas ce qu’ils veulent : le pays sur mon passeport ou les endroits où j’ai grandi”, explique l’un d’eux.
Sans surprise, un des pièges de la vie à l’étranger est la solitude, née de l’isolement et de la distance avec ses proches. Pour la combattre, de nombreux expatriés innovent, souligne The Times, avec des clubs, des applis et des rencontres improvisées, qui finissent par constituer une sociabilité en pleine mutation.
Le retour : une nouvelle épreuve souvent inattendue
Face à ces difficultés, il peut être tentant de rentrer dans son pays d’origine. Mais, après une longue expatriation, cela n’est pas toujours aussi évident qu’on pourrait le penser. Dans les pages du quotidien espagnol La Vanguardia, Desiré Izquierdo raconte que, de retour chez elle, aux Canaries, après vingt ans passés à l’étranger, elle a dû créer sa propre entreprise, faute de perspectives. Car “personne n’est disposé à vous donner votre chance” et “quand vous rentrez, vous devez tout recommencer à zéro”.
Dans un témoignage publié par le quotidien kényan The Standard, Dorcas Mbugua décrypte le vertige du retour après treize ans passés en Australie – un retour qu’elle qualifie de “retour à soi… et ailleurs”. Dès les premières lignes, elle met en lumière le regard ambivalent porté sur sa trajectoire :
“En Australie, on me demande souvent ce que ça fait d’être chez soi, tandis qu’à Nairobi on me demande pourquoi donc j’ai quitté l’Australie.”
Les expats – ou les anciens expats, que l’on surnomme parfois les “repats” – vivent avec ce sentiment d’étrangeté et d’un ailleurs toujours présent, qui leur donne l’impression de savoir s’adapter très facilement mais aussi de n’être jamais complètement intégrés.
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“En Chine, j’ai pu tisser des liens personnels plus profonds”
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