La rapporteuse spéciale sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association des Nations unies, Gina Romero, a appelé, mercredi 2 septembre, la Zambie à « mettre fin immédiatement à la criminalisation de la dissidence politique » après l’arrestation du principal opposant juste avant l’investiture du président sortant.
Hakainde Hichilema a prêté serment pour un deuxième mandat, mardi, à l’issue d’un scrutin contesté qui a essuyé des critiques d’observateurs électoraux quant à son équité et à sa crédibilité.
A la suite du scrutin, plusieurs figures de l’opposition ont été arrêtées dans le cadre d’une vaste répression liée à un complot supposé contre la sécurité nationale, dont Brian Mundubile, arrivé deuxième de la présidentielle et crédité de 38 % des voix.
Issu de l’appareil de l’ex-président Edgar Lungu (2015-2021) – dont le lieu de l’inhumation est au cœur d’une féroce bataille judiciaire entre sa famille et les autorités zambiennes –, Brian Mundubile est poursuivi pour « trahison » depuis samedi mais n’avait toujours pas été présenté devant un tribunal mercredi.
Gina Romero a affirmé que des rapports faisaient état de « violations systémiques alarmantes faisant suite à de graves allégations de fraudes électorales ». Cela incluait des accusations d’intimidation généralisée et l’arrestation de centaines de partisans de l’opposition, dont certains auraient été détenus au-delà des délais de garde à vue légalement prévus, sans poursuite judiciaire.
« Une démocratie saine exige que toutes les voix – y compris les membres de l’opposition, les responsables religieux, les acteurs de la société civile et les journalistes – puissent s’exprimer librement, sans crainte », a-t-elle affirmé, appelant les autorités à libérer les détenus et à « rétablir la responsabilité démocratique ».
L’appel de l’Eglise anglicane
L’Eglise anglicane d’Afrique australe, dont l’une des figures, l’évêque à la retraite Trevor Mwamba, figurait parmi les personnes interpellées, a appelé mardi à mettre fin aux arrestations arbitraires d’opposants.
« Nous lançons un appel pressant aux autorités zambiennes pour qu’elles leur garantissent l’accès à des installations sanitaires décentes, à des livres et à d’autres produits de première nécessité », a déclaré l’archevêque du Cap, Thabo Makgoba, dans un communiqué à propos de ceux en détention.
Autrefois saluée comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique, la Zambie possède une longue tradition de transferts de pouvoir pacifiques, chaque changement de président depuis le retour au multipartisme en 1991 s’étant opéré par la voie des urnes.
Mais cette réputation a été mise à mal sous la présidence de Hakainde Hichilema, arrivé au pouvoir en 2021. Depuis, la contestation est de plus en plus étouffée et la pression sur l’opposition s’est intensifiée.