Certains territoires hébergent des activités qui engendrent les convoitises et les rivalités. Si l’agriculture et l’élevage ou l’extraction des matières premières minérales ressortissent aux richesses naturelles traitées plus haut, les centres de commerce, les régions industrielles et les concentrations de services, ainsi que les réseaux qui leur sont liés, participent d’une autre catégorie d’enjeux. L’importance de la localisation des activités économiques transparaît dans l’attribution du prix Nobel d’économie 2008, à un spécialiste de cette question, l’Américain Paul Krugman. L’Académie royale suédoise l’a récompensé pour « avoir montré les effets des économies d’échelle sur les modèles du commerce international et la localisation de l’activité économique [1] ». Quant au Rapport sur le développement dans le monde 2009 de la Banque mondiale, il s’intitule « Repenser la géographie économique » et il étudie les relations entre les facteurs spatiaux et le développement économique [2]. L’industrialisation de l’ouest et du sud des États-Unis démarra en grande partie grâce à l’implantation de firmes d’armement, dans le cadre d’une politique d’aménagement du territoire. En outre, plusieurs dizaines de conurbations disséminées dans l’ensemble des États dépendent en totalité ou en partie de la présence d’une base militaire. Une part importante des élus américains se montre par conséquent très attentive à la politique de défense et d’armement (exportations comprises) du pays. À l’échelle française, l’annonce, en juin 2008, du déplacement et/ou de la fermeture d’installations militaires sur le territoire national suscita une vive émotion parmi les élus des collectivités locales et des circonscriptions touchées ou menacées. En procédant ainsi, le Président de la République rompait avec une longue pratique : celle de l’implantation d’activités industrielles et/ou de services par le biais de la localisation de certaines unités des armées. Il en avait parfaitement conscience et il prenait ses responsabilités : « il faut revoir maintenant l’organisation de nos soutiens. Il faut concentrer les implantations. […] En même temps, des mesures d’accompagnement seront mises en œuvre. Nous allons être inventifs pour compenser la fermeture ou le transfert des implantations militaires ; les territoires les plus fragiles seront accompagnés, j’en prends l’engagement. Les deux volets de ces mesures vous seront bientôt présentés. Mais que les choses soient claires, dans mon esprit, l’armée, cela assure la sécurité de la nation, pas l’aménagement du territoire. Et les militaires n’y sont pour rien si les décisions politiques n’ont pas été prises. Je sais parfaitement qu’avec le Premier ministre et le ministre de la Défense, nous serons confrontés à des manifestations et à des protestations. Mais qu’est-ce que l’on veut, une armée qui fait de l’aménagement du territoire et qui n’est pas opérationnelle ou une armée opérationnelle qui assure la sécurité des Français et une politique gouvernementale […] au service de l’aménagement du territoire ? Il faut choisir et ce débat-là chacun sait que cela fait des décennies que nous le connaissons. Eh bien aujourd’hui, nous le tranchons. Et je le tranche et je l’assume [3] ».
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