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7 juillet en clair-obscur : dossier Jovenel Moïse, preuves attendues, silences d’État et calculs de pouvoir

par Dr. Elco Saint-Amand et Me. Claudy Briend Auguste À l’approche du 7 juillet 2026, cinq ans après l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse à Pèlerin 5, la justice haïtienne donne l’image d’un dossier qui repart. Mais la vraie interrogation demeure entière : s’agit-il d

7 juillet en clair-obscur : dossier Jovenel Moïse, preuves attendues, silences d’État et calculs de pouvoir
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24 juin 2026
7 juillet en clair-obscur : dossier Jovenel Moïse, preuves attendues, silences d’État et calculs de pouvoir
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7 juillet en clair-obscur : dossier Jovenel Moïse, preuves attendues, silences d’État et calculs de pouvoir

  • by Rezo Nodwes
  • 24 juin 2026
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par Dr. Elco Saint-Amand et Me. Claudy Briend Auguste

À l’approche du 7 juillet 2026, cinq ans après l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse à Pèlerin 5, la justice haïtienne donne l’image d’un dossier qui repart. Mais la vraie interrogation demeure entière : s’agit-il d’une avancée probatoire, d’une mise en scène procédurale ou d’une redistribution tardive des responsabilités dans un crime d’État honteux et atroce resté sans procès national ?

La Cour d’appel de Port-au-Prince a annulé, en octobre 2025, l’ordonnance du juge Walther Wesser Voltaire, laquelle avait inculpé 51 personnes, puis a confié le dossier au magistrat Cyprien Jean F. Denis Pierre pour une reprise de l’instruction. Cette décision a remis le dossier à plat, tout en prolongeant une attente judiciaire déjà interminable. L’Associated Press a rappelé que cette relance constituait la troisième grande enquête haïtienne sur l’assassinat, tandis que plusieurs suspects demeurent détenus sans procès en Haïti.

Le volet américain du dossier met en évidence les lenteurs haïtiennes. La justice fédérale américaine a déjà jugé, condamné ou fait plaider plusieurs protagonistes du complot. Le 8 mai 2026, un jury fédéral de Miami a reconnu coupables Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages pour leur rôle dans la conspiration ayant conduit à l’assassinat de Jovenel Moïse. Le ministère américain de la Justice affirme que le sud de la Floride a servi de base logistique et financière au projet de renversement violent du président haïtien.

C’est précisément là que le malaise commence. Pourquoi plusieurs personnalités aujourd’hui convoquées ou citées en Haïti — Rockfeller Vincent, Smith Augustin – l’un des 3 braqueurs de la BNC-, Michel Martelly –bandi legal-, Ariel Henry, Réginald Vorbe, Claude Joseph, Léon Charles ou d’autres — n’ont-elles pas occupé la même place dans le procès de Miami ? La réponse juridique tient au périmètre du dossier américain : Washington a poursuivi les crimes liés à son territoire, à ses ressortissants, à ses lois de neutralité, à l’exportation de matériel et à la conspiration montée depuis la Floride. L’absence d’un nom dans l’acte d’accusation américain ne vaut pas certificat d’innocence ; mais toute mise en cause tardive en Haïti exige désormais une articulation probatoire sérieuse : appels, virements, instructions, visas, protections, omissions volontaires, chaînes de commandement.

Le cas Rockfeller Vincent, un ex-ministre zélé de Jovenel Moise, doit donc être traité avec prudence. Les sources ouvertes consultées confirment au moins qu’il figure parmi les personnalités appelées à comparaître dans le supplément d’information, en raison notamment de ses fonctions d’ancien ministre de la Justice et de la Sécurité publique. En revanche, l’inculpation formelle rapportée dans certaines notes circulant publiquement mérite d’être adossée à l’acte judiciaire lui-même avant d’être présentée comme fait définitivement établi. Si le retrait présumé de 350 000 dollars sur le compte de l’ambassade d’Haïti à Washington, le jour du crime, existe bien, la justice doit produire les pièces bancaires, l’ordre de décaissement, le bénéficiaire réel, le motif comptable et la chaîne d’autorisation. Sans ces éléments, l’affaire risque de glisser de l’indice financier vers la rumeur politique.

Le dossier Martelly-Henry reste plus inflammable encore. Michel Martelly a été convoqué pour le 18 juin 2026 devant le juge Cyprien, mais l’ordonnance rapportée ne précise ni son statut procédural ni les faits exacts sur lesquels il doit être entendu. Ariel Henry, lui, avait déjà été entendu à domicile comme témoin par le juge – Tonton Noel- Voltaire en décembre 2023, puis a de nouveau été visé par des convocations dans la relance de l’instruction.

À Miami, la veuve Martine Moïse, dont un procès-verbal met en doute la version selon laquelle elle aurait trouvé refuge, la nuit du crime, sous un lit où même un gros rat aurait eu peine à passer, a accusé Michel Martelly.et Ariel Henry d’avoir des liens avec l’assassinat de son mari ; mais le Miami Herald a aussi rapporté que Martelly n’a pas été appelé à témoigner et qu’Ariel Henry, bien que cité par la défense, n’a pas été entendu au procès. Le juge américain Jacqueline Becerra a lu au jury des éléments stipulés, dont certaines informations non vérifiées sur Joseph Félix Badio, Martelly et Henry, ce qui impose de distinguer soupçon, témoignage, information policière et preuve judiciaire.

La justice haïtienne avance au milieu d’une contradiction difficile à dissiper : une justice incapable, jusqu’ici, de juger efficacement les chefs de gangs qui martyrisent la population prétend rouvrir le dossier le plus explosif de l’histoire récente du pays. Les grandes condamnations de chefs de gangs haïtiens ont surtout été obtenues aux États-Unis, comme celle de Joly Germine, alias « Yonyon », ancien responsable de 400 Mawozo, condamné à la prison à vie en décembre 2025 pour la prise d’otages de missionnaires américains. Human Rights Watch note de son côté que le système judiciaire haïtien reste affaibli par la violence, la corruption et l’impunité, avec une responsabilité quasi inexistante pour les massacres et les violences massives.

À qui profitent ces lenteurs ? À tous ceux qui gagnent du temps. Aux factions qui veulent salir des adversaires sans aller au procès. Aux suspects qui exploitent chaque vice de procédure. Aux autorités de transition qui cherchent une façade de légitimité à l’approche d’une date mémorielle. Aux parrains restés hors champ, si le dossier se perd dans l’avalanche des convocations. La justice bougera réellement les lignes seulement si elle passe du spectacle des noms à la rigueur des preuves : actes bancaires, communications téléphoniques, visas, mandats, auditions contradictoires, confrontations et renvoi devant une juridiction compétente.

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