Cuba a progressivement rétabli son réseau électrique, mardi 14 juillet au soir, après une nouvelle panne généralisée, la troisième en moins de dix jours. Ces déconnexions totales mettent à rude épreuve le quotidien des habitants de l’île de 9,6 millions d’habitants, en proie à une grave crise énergétique, aggravée par un blocus pétrolier américain.
Le pays a de nouveau été privé d’électricité en raison d’une « oscillation » du système, provoquée par la mise hors service soudaine d’une centrale thermoélectrique, ce qui a entraîné un déséquilibre « brusque » entre la production et la demande, selon la compagnie nationale d’électricité.
Mardi, vers 20 heures (3 heures, mercredi à Paris), seulement 11,5 % des foyers de La Havane, qui compte 1,7 million d’habitants, étaient alimentés en électricité, a fait savoir l’Union électrique de Cuba. Il s’agit de la troisième panne générale depuis le début du mois de juillet et de la cinquième depuis le début de l’année.
Les deux dernières ont eu lieu la semaine dernière. Il avait fallu à chaque fois plus de vingt-quatre heures à la compagnie nationale pour rétablir le réseau dans l’ensemble du pays, même si les très longs délestages sont quasiment permanents, en raison de la faible production d’électricité.
« Je n’ai pas de mots », se lamente, auprès de l’Agence France-Presse, Maria Caridad Alvarez, une femme au foyer de 62 ans. « Quand je me suis levée ce matin, le courant était revenu et j’ai pu cuisiner des haricots, mais maintenant que je sors, il est de nouveau coupé. On dirait qu’il n’y a pas de solution », poursuit-elle.
La crise énergétique est « en train de tuer chez l’être humain l’enthousiasme de vivre », témoigne la sexagénaire. David Matias Rodriguez, un retraité de 82 ans, s’inquiète quant à lui pour les « trois petites choses » qu’il a dans son frigo.
« Absence totale de carburant »
Ces dernières semaines, les délestages ont duré plus de 30 heures d’affilée à La Havane et plusieurs jours en province, malgré un vaste programme de construction de parcs solaires, lancé il y a deux ans. Les habitants expriment régulièrement leur exaspération dans les quartiers les plus affectés, en mettant le feu à des tas d’ordures ou en tapant sur des casseroles.
En proie à une grave crise économique depuis cinq ans, le pays subit régulièrement des coupures électriques générales ou partielles, en raison de la vétusté des infrastructures et de la pénurie de carburant. Mais la situation s’est encore aggravée depuis que Washington empêche les livraisons de carburant pour alimenter des groupes électrogènes.
Ces derniers complètent la production de sept centrales thermiques vieillissantes, qui subissent des pannes fréquentes ou doivent être arrêtées pour maintenance.
« Cette situation est principalement due à l’état de notre système électrique, aggravé par les décisions des Etats-Unis », a affirmé, mardi, le ministre de l’énergie et des mines, Vicente de la O Levy, lors d’une conférence de presse.
Rapports tendus avec Washington
« C’est pratiquement une guerre que nous vivons », a-t-il ajouté, soulignant qu’il y a une « absence totale de carburant » et que le gouvernement ne peut pas obtenir de pièces de rechange pour ses centrales.
Selon la compagnie d’électricité, la pénurie de carburant rend aussi le réseau plus vulnérable aux pannes et ralentit les travaux de rétablissement en empêchant l’utilisation des générateurs de secours. Depuis janvier, Washington n’a autorisé l’arrivée en mars que d’un seul pétrolier russe chargé de 100 000 tonnes de pétrole brut. Ces réserves sont depuis épuisées.
Les relations entre les Etats-Unis et Cuba se sont considérablement tendues depuis le début de l’année, notamment après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, un allié du gouvernement cubain. Donald Trump estime que l’île communiste, située à 150 kilomètres des côtes de Floride, constitue « une menace extraordinaire » pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Il a plusieurs fois averti qu’il pourrait en « prendre le contrôle ».
Les deux pays mènent de difficiles pourparlers. Fin juin, le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodriguez, a reconnu qu’il n’y avait « aucun progrès » dans les négociations en cours.
Lundi 7 juillet, après une panne, le président cubain, Miguel Diaz-Canel, avait mis directement en cause la politique américaine de sanctions contre l’île, accusant Washington de vouloir « provoquer un soulèvement social en étouffant le pays » et qualifiant de « génocidaire » le blocus énergétique en vigueur depuis janvier 2026. Lundi, sur le réseau social X, il a de nouveau dénoncé l’« acharnement [des Etats-Unis] à étrangler notre économie ».