C’est une crèche verticale de cinq étages qui fait sensation au milieu des façades “dépouillées” de la Gabelsbergerstrasse de Munich. Érigée “là où une brèche dans le tissu urbain existait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et servait récemment de parking”, selon la description de Die Welt, la “Kinderoase”, ou “oasis des enfants” en français, a été conçue par l’architecte germano-burkinabè Francis Kéré, et inaugurée le 17 juillet, indique un communiqué de l’ambassade d’Allemagne au Burkina Faso, cité par lefaso.net.

À lire aussi : Burkina Faso. Francis Kéré, architecte en son pays

Après deux ans de travaux, elle “est désormais prête à accueillir jusqu’à soixante enfants”, ceux des membres du personnel de l’Université technique de Munich. L’architecte, connu pour ses écoles, hôpitaux et bâtiments gouvernementaux sur le continent africain, signe là sa première réalisation permanente en Europe, après avoir créé en 2017 un pavillon éphémère pour la Serpentine Gallery à Londres.

Derrière sa façade en acier “élégamment rouillé”, relève Die Welt, se cache une structure qui, au détriment du béton, privilégie le bois − matériau très prisé par Francis Kéré. “Sa chaleur, son silence, son parfum et sa douceur en font un matériau idéal pour les tout-petits qui découvrent le monde”, explique-t-il dans son livre Building Stories.

À lire aussi : Commémoration. Au Burkina Faso, un mausolée dédié à Thomas Sankara pour “émerveiller et surprendre”

Un choix qui ne convainc pas tout à fait le journal conservateur, manifestement adepte des crèches plus classiques et peu charmé par “les tunnels toboggans reliant les cinq étages pour former une ‘aire de jeux verticale’”. L’ensemble, juge-t-il, a quelque chose de “dérangeant”, même s’il est “censé stimuler l’imagination des enfants”.

L’architecte de tous les projets

Lauréat du prix Pritzker en 2022, sorte de “prix Nobel” de l’architecture, le natif de Gando, au sud-est du Burkina Faso, multiplie pourtant les projets à travers le monde, insufflant son style “alliant matériaux locaux, efficacité énergétique et participation des communautés aux projets de construction”, comme il le décrit lui-même.

Parmi ses commandes, un musée d’art à Las Vegas, le musée Ehrhardt à Plüschow en Allemagne, le Parlement du Bénin en forme d’arbre géant… Celui qui fut charpentier en avant d’étudier l’architecture − sans en épouser ses codes élitistes − confronte ainsi son imagination à des normes et réalités très lointaines de celles de sa terre natale.

Se remémorant ses années estudiantines à Berlin, dans un entretien accordé à la Suddeutsche Zeïtung, il narre ses débuts, son intérêt pour “la stabilité et la durabilité des matériaux” en Allemagne, mais un regard si rivé vers l’Afrique qu’il n’aurait “jamais cru” rester en Europe. En 2025, il a conçu onze écoles pour le Burkina Faso, “toutes construites, ouvertes et pleinement opérationnelles”. Si ces projets, à échelle locale ou nationale, venaient à s’arrêter sur son continent natal, il déclare : “Je ne serai plus crédible à mes propres yeux. C’est là que mon cœur est.”

À lire aussi : Canicule. “Pas besoin de clim” : les secrets d’une architecture fraîche

Ses réalisations incorporent d’ailleurs des ingrédients − voire un imaginaire − caractéristiques du milieu burkinabè. Interrogé par le site allemand Taz sur la conception du musée Ehrhardt, il évoque la quête d’harmonie autour d’un manoir baroque du XVIIIe siècle. Jusqu’à ce que surgisse l’idée d’un toit en surplomb, “une simple structure en terre crue surmontée d’une charpente en bois, sous laquelle les gens pourront se rassembler et qui, plantée de végétation, offrira également un habitat aux insectes et aux animaux.”