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Géopolitique

Allemagne : « La solitude politique de Friedrich Merz nourrit un doute sur sa capacité à convaincre durablement »

Le chancelier allemand, qui s’isole de plus en plus, jusque dans son propre parti, multiplie les maladresses et ne parvient pas à imprimer un cap politique clair outre-Rhin, déplore, dans une tribune au « Monde », l’auteur franco-allemand Nils Minkmar.

Allemagne : « La solitude politique de Friedrich Merz nourrit un doute sur sa capacité à convaincre durablement »
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Lorsque Friedrich Merz inaugure, le 15 septembre 2025, la synagogue restaurée de la Reichenbachstrasse à Munich, un détail échappe soudain au protocole. En évoquant le destin des juifs sous le IIIᵉ Reich, le chancelier s’interrompt, la voix se brise, les larmes montent. Pendant quelques secondes, l’émotion l’emporte sur la fonction. Jusqu’à présent, aucun autre moment de son mandat n’aura autant marqué les esprits.

La scène tranche avec une tradition politique qui s’est imposée en Allemagne de l’Ouest après 1945 et qui s’est encore renforcée sous Angela Merkel [2005-2021] : les chanceliers parlent beaucoup, mais se livrent peu. Leurs discours sont soigneusement calibrés pour éviter la faute, mais quasiment jamais pour susciter une émotion. Après l’effondrement du IIIᵉ Reich, toute forme de grandiloquence politique est devenue suspecte ; la retenue, au contraire, a été élevée au rang de vertu démocratique. Le lyrisme y est presque considéré comme une imprudence.

Cette retenue correspondait à une certaine idée de la République fédérale allemande : un Etat prospère, stable, avec une ligne politique claire, qui préférait l’efficacité au panache. Aujourd’hui, elle révèle une autre faiblesse. L’Allemagne ne manque ni de ressources ni d’institutions solides ; elle peine davantage à formuler un horizon. Une plaisanterie poursuivit Angela Merkel pendant des années : voyager avec elle revenait à monter dans un avion piloté par une commandante expérimentée. Le vol était calme, l’atterrissage sûr ; seule la destination demeurait mystérieuse.

Friedrich Merz, qui, dans sa vie privée, pilote lui-même son propre jet, inspire une comparaison différente. On l’imagine accueillant les passagers avec chaleur, détaillant les qualités de l’appareil, commentant l’itinéraire et les conditions météorologiques avec l’assurance d’un pilote chevronné. Tout semble prêt pour le décollage. Mais l’avion reste au sol. Et lorsque les premiers voyageurs demandent pourquoi il ne part pas, le commandant paraît prendre la question comme une offense.

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