“Arrestations aux frontières, passeports désactivés, avoirs gelés, exil forcé.” Telles sont les répercussions, non exhaustives, d’une inscription sur notice rouge d’Interpol, qui a valeur d’avis de recherche international.

Dans une enquête, intitulée “Terroristes recherchés, du jour au lendemain”, le média Sahel Horizon montre que le Burkina Faso abuse de ce procédé pour affaiblir les voix critiques. D’autant qu’il ne lésine pas sur le motif, leur imputant l’accusation de “terrorisme”, au même titre que certains responsables de groupes djihadistes qui endeuillent le pays.

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Trois citoyens burkinabè témoignent anonymement : un militant, un journaliste et un défenseur des droits humains. Le premier, alors qu’il “voyageait librement” vers un pays voisin, a appris de “manière brutale” qu’il faisait l’objet d’une notice rouge d’Interpol. Il s’est retrouvé “menotté dans un poste de police, sans comprendre ce qui lui arrivait”. Il a ressenti, une fois informé, “un mélange de colère et d’impuissance”.

“Précarité administrative”

Ne disposant plus ni de leurs biens, ni de leurs ressources financières, saisis ou bloqués par Ouagadougou, ni de leurs documents d’identité, “annulés”, ces dissidents sont exposés “à une précarité administrative totale, sans savoir devant quelle juridiction contester ces sanctions”, mais aussi à “une asphyxie professionnelle, [à des] atteintes à la réputation, et [à de] profondes répercussions familiales”.

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Sahel Horizon a consulté la liste circulant dans les postes de police qui entretient une “confusion délibérée entre dissidence politique et terrorisme. On y retrouve de nombreuses voix critiques du paysage public burkinabè qui ont pour seul point commun d’avoir exprimé des réserves sur la gouvernance militaire ou les choix stratégiques de la junte depuis les coups d’État de 2022.”

“Personnalités du débat public”

Dans le Mali voisin, la lutte contre l’insécurité a également bon dos. S’appuyant sur un texte de loi qui “prévoit le gel des biens et ressources économiques” pour six mois renouvelables “dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive”, relate le Journal du Mali, un arrêté du 18 juin établit une liste de douze personnes visées par ces sanctions financières.

Outre des figures de mouvements politico-militaires du Nord, elle intègre là aussi des “personnalités du débat public”. Elles y sont même majoritairement représentées.

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Il s’agit du journaliste Malick Konaté, en exil, du militant numérique Sékou Tounkara, de l’ex-conseillère municipale de la Commune II de Bamako Kadidia Fofana, qui “illustre le glissement d’une partie de l’action civique vers une opposition plus frontale depuis l’extérieur”, des influenceurs Boubacar Soumahoro, dit Bouba Fané, et Youssouf Doumbia, dit Delfro, de l’homme politique Ismaël Sacko et du magistrat Cheick Mohamed Chérif Koné.

Faute de coopération extérieure effective pour geler les comptes et les avoirs situés à l’étranger de certains individus, Bamako pourrait se résoudre à produire des signalements de personnes accusées de “terrorisme”, note l’hebdomadaire malien. Et de s’intéresser à son tour au “coût aussi réputationnel que matériel” de cette mesure.