Malgré la chaleur encore présente en cette période de fin mai à Ouagadougou, Soumaila Guébré avance sur le parcours de golf du quartier Balkuy de Ouagadougou. Il est habillé d’un pantalon léger et souple, de chaussures adaptées. Le jeune homme est suivi de son caddie, un accompagnant qui pousse un chariot chargé de clubs. Il est 11 heures passées. Mais depuis 7 h 30, le jeune homme enchaîne les trous avec ses camarades de jeu. En effet, le jeu du golf se joue en marchant sur plusieurs kilomètres dans un rythme lent.

À son tour de jouer, Soumaila s’arrête. Il observe le terrain, se positionne bien puis demande le silence avant de frapper la petite balle blanche. Celle-ci s’élève, mais il est déçu par la trajectoire.

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“Qu’est-ce que j’ai fait comme ça ?” lance-t-il, déçu du coup qu’il vient de faire. Autour de lui, les autres joueurs relativisent. “C’est ça le golf. Tu ne peux pas réussir tous tes coups”, lui lance l’un de ses camarades de jeu, Sultan Bouda, plus habitué. Depuis le début, Soumaila avait réussi ses coups sauf celui-là. D’où sa déception.

Un sport qui “n’est pas donné à n’importe qui”

Soumaila Guébré a découvert le golf récemment, grâce à des amis. Depuis, il s’est attaché à ce jeu. Le week-end, il revient régulièrement sur le parcours. “Les gens ont plusieurs manières de se distraire. Nous, c’est le golf. On se fait plaisir en jouant. On développe de la camaraderie”, explique-t-il, souriant.

S’il a décidé de s’investir pleinement dans le golf, c’est parce qu’il y a trouvé son compte comme activité sportive. “Ça t’amène à être constant. Tu apprends à être discipliné et à rester calme. Mine de rien, nous faisons entre 10 et 11 kilomètres”, assure-t-il, sans montrer de fatigue.

Sultan Bouda connaît mieux ces exigences. Il joue en compétition depuis deux ans, mais il a découvert le golf plus jeune. Sultan Bouda a été initié par son père, amateur de golf. “Un jour, il m’a donné un sac de golf. Lui-même, il avait oublié son sac et il m’a dit de venir. Quand je suis venu, je me suis inscrit et j’ai commencé à jouer en même temps”, se souvient-il.

Aujourd’hui, il vient très souvent jouer. “Pendant le ramadan, je suis venu tous les jours sauf deux fois. Donc, j’ai joué 28 jours sur 30”, explique-t-il comme pour montrer le plaisir qu’il trouve en pratiquant le golf.

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Au Burkina Faso, le golf reste associé à une certaine aisance financière. À cette question, Sultan hésite avant de nuancer cette perception. “Il y a des gens qui ont des moyens, mais quand on leur dit de mettre cela dans le golf, ils refusent”, précise-t-il, avant d’ajouter : “Ce n’est pas un problème d’argent mais d’organisation. Mais c’est vrai que ce n’est pas donné à n’importe qui.” L’accès au terrain passe par un abonnement annuel estimé à 250 000 francs CFA [380 euros environ], auquel s’ajoutent les frais de compétition.

“Le score est secondaire”

Pourtant, pour certains joueurs, le parcours est différent. Moussa Kafando en est un exemple. Ce dernier a découvert le golf en tant qu’enfant. Il jouait à l’époque avec des branches d’arbre qu’il taillait pour en faire un club. Par la suite, il devient caddie, avant de se lancer comme joueur. Aujourd’hui, il figure parmi les références du jeu de golf au Burkina Faso. “Avec mes amis, quand il n’y avait pas l’école, on passait toute la journée ici”, témoigne-t-il, juste après avoir remporté un nouveau trophée. Son objectif désormais, c’est de participer à des compétitions internationales.

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Mais pour d’autres golfeurs, jouer au golf est aussi un moment de partage. Fabrice Nadembèga trouve dans le golf une occasion de créer plus de liens amicaux. “En dehors du sport, c’est surtout l’ambiance. Le score est secondaire.”

“On travaille à briser les barrières et casser cette idée que le golf est un sport de riches. Il y a des gens qui sont aisés comme il y en a qui se débrouillent.”

Le parcours de Balkuy accueille aussi des femmes. Asmao Ouédraogo fait partie des joueuses régulières. Elle a découvert la discipline lors d’un open, il y a quelques mois. “J’ai été invitée lors d’un open ici. Je suis venue, j’ai été initiée et j’ai rapidement su que c’est une discipline qui me plairait. Je me suis donc mise à pratiquer”, raconte-t-elle.

En jouant au golf, Asmao dit avoir l’occasion de pratiquer une activité physique de façon régulière. “C’est la marche. C’est comme marcher dehors, mais ici, on apprend quelque chose de plus”, dit-elle. Elle suit désormais les activités de l’académie, qui forme des jeunes joueurs.

Moins d’eau et de frais d’entretien

Le golf pratiqué à Ouagadougou présente une particularité. Le parcours ne repose pas sur un gazon uniforme, comme dans la plupart des golfs dans le monde. Dans ce parcours, le sol est nu, dur par endroits et parfois sablonneux. Les joueurs doivent donc adapter leur technique à cause des rebonds. “C’est ce que nous avons trouvé”, explique Sultan Ouédraogo. En effet, le parcours de golf de Ouagadougou existe depuis 1978, même s’il n’est pas très connu du grand public.

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L’absence de gazon s’explique aussi par des difficultés comme l’accès à l’eau. Sur un terrain classique, l’entretien du green nécessite un arrosage régulier, selon le président de la Fédération burkinabè de golf, Salif Samaké. Pour lui, cette contrainte est plutôt un avantage.

“Cela ne veut pas dire que le golf ne peut pas se jouer sur un autre terrain. Dans les autres golfs, on arrose le terrain. Alors que chez nous, au Burkina, on ne gaspille pas l’eau. On utilise juste peut-être 4 ou 5 m3 par semaine”.

En plus de réduire les besoins en eau, l’entretien revient moins cher. Toutefois, le parcours de golf de Ouagadougou oblige les joueurs à un style de jeu jugé plus technique sur certains coups.

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Malgré tout, le golf pratiqué au Burkina Faso reste peu connu du grand public. Le Burkina Faso compte seulement un seul club de golf organisé en fédération. Les promoteurs cherchent à élargir la pratique. Ils misent notamment sur la formation des jeunes à travers une académie ouverte aux 7-21 ans. “On veut vraiment développer cette académie pour assurer la relève”, insiste Samaké. L’objectif est de rendre le golf plus accessible et de changer l’image d’un sport réservé à une minorité.