Deux ans après sa défaite, le 15 août 1945, le Japon inscrivait dans sa Constitution l’engagement de « renoncer à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, à la menace ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux » (article 9). Ce pacifisme ne relevait pas de la simple proclamation : le Japon se voulait incarner un idéal de puissance civile. Au fil des années, cette disposition est devenue un principe fondateur de la démocratie d’après-guerre et un élément constitutif de l’identité du Japon sur la scène internationale. Ce refus de la guerre lui a aussi évité d’être entraîné dans les guerres américaines (en Corée, au Vietnam, en Irak, en Afghanistan et en Iran).
Quatre-vingt-un an plus tard, dans un monde où prime la puissance militaire et où le droit international est bafoué, ce positionnement est difficile à maintenir. Aux facteurs d’instabilité régionaux (Chine, Corée du Nord) s’ajoutent les doutes sur la pérennité du soutien américain.
Figure d’une droite qui a toujours dénoncé un pacifisme « entamant la souveraineté nationale », la première ministre, Sanae Takaichi, au pouvoir depuis octobre 2025, est favorable à la révision de l’article 9. Un projet doit être présenté au Parlement en 2027, afin de donner une reconnaissance explicite à ses forces armées (les forces japonaises d’autodéfense) et rendre plus crédibles ses capacités de dissuasion. Pour cela, un vote favorable des deux chambres et une approbation par référendum seront nécessaires. Le poids de la droite pourrait permettre de remplir la première condition. La seconde semble loin d’être acquise.
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