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Au Tchad, neuf opposants, dont Succès Masra, libérés après avoir été graciés par le président Mahamat Idriss Déby

Ancien premier ministre et chef du principal parti d’opposition, Succès Masra purgeait depuis plus d’un an une peine de vingt ans de prison ferme. Les huit autres dirigeants de partis étaient condamnés car accusés de fomenter une insurrection.

Au Tchad, neuf opposants, dont Succès Masra, libérés après avoir été graciés par le président Mahamat Idriss Déby
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Succès Masra, ancien premier ministre et chef du principal parti d’opposition au Tchad, ainsi que huit autres dirigeants de partis ont été libérés, vendredi 14 août, après avoir été graciés par le président Mahamat Idriss Déby par décret.

Le principal opposant au président tchadien a quitté la prison en soirée et s’est rendu immédiatement auprès de ses partisans au siège de son parti, Les Transformateurs, dans la capitale, N’Djamena. Condamné pour « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et « complicité de meurtre » dans un procès « politiquement motivé », selon l’ONG Human Rights Watch (HRW), Succès Masra purgeait depuis plus d’un an une peine de vingt ans de prison ferme.

Les huit autres dirigeants de partis, tous membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), la plateforme de l’opposition, étaient condamnés depuis mai à huit ans de prison ferme, jugés coupables de fomenter une insurrection. Ils ont tous quitté la maison d’arrêt de Klessoum, à N’Djamena, en fin d’après-midi. Il leur a été demandé de se désister de l’appel de leur jugement, ce que tous les responsables politiques emprisonnés ont consenti à faire, à l’exception de Nassour Koursami, selon les intéressés.

Inéligibilité

La grâce présidentielle entraîne une « remise totale des peines privatives de libertés aux condamnés », selon le décret publié vendredi sur la page Facebook de la présidence tchadienne. Avec une grâce plutôt qu’une amnistie, les opposants détenus retrouvent leur liberté mais la condamnation subsiste : ils conservent leur casier judiciaire ainsi que leurs peines civiles et pécuniaires et deviennent inéligibles.

Abdelnasser Ngarboa, le porte-parole du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti présidentiel, a loué une démarche « salutaire ».

« Nous remercions le président de la République d’avoir bravé les obstacles et choisi d’avancer dans l’esprit de l’unité nationale qui est en train de naître. Nous espérons enfin nous asseoir autour d’une table pour faire avancer la paix », a déclaré le docteur Ndolembai Sadé Njesada, vice-président des Transformateurs.

Mais pour Hissein Abdoulaye, porte-parole du GCAP, « arrêter les leaders politiques arbitrairement, les traduire devant les tribunaux, les condamner avec des chefs d’accusation imaginaires et les gracier quelques mois plus tard tout en confisquant leurs droits civiques et politiques : c’est tout simplement abject et un recul démocratique très grave ».

Le Tchad, pays d’Afrique centrale comptant près de 20 millions d’habitants, est dirigé depuis 2021 par M. Déby, qui avait pris la tête d’une transition militaire à la mort de son père, Idriss Déby Itno (1990-2021), tué par des rebelles après plus de trente ans à la tête du pays.

Une élection contestée

Economiste de 42 ans et figure populaire de l’opposition, Succès Masra avait été contraint à l’exil au Cameroun fin 2022, après une manifestation violemment réprimée lors de laquelle de nombreuses personnes avaient été tuées par les forces de l’ordre, sans qu’aucun bilan officiel ne soit jamais communiqué.

Il était rentré au Tchad un an plus tard en vertu d’un accord conclu avec le gouvernement tchadien à Kinshasa. Il avait été nommé premier ministre peu après, cinq mois avant l’élection présidentielle de mai 2024 à l’issue de laquelle il était arrivé deuxième avec près de 20 % des voix. M. Déby avait recueilli environ 60 % des suffrages, remportant une élection contestée et boudée par une bonne partie de l’opposition.

En octobre 2025, une révision constitutionnelle adoptée avec une large majorité au Parlement a instauré un mandat présidentiel de sept ans renouvelable sans limite, « affaiblissant encore davantage les perspectives d’un changement démocratique significatif du gouvernement », avait estimé Human Rights Watch.

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Le Monde avec AFP

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