Le pouvoir et l’opposition vénézuélienne ont clos, mercredi 12 août, leur premier cycle de dialogue lancé le 6 août en vue d’une possible transition politique. Les deux parties sont « d’accord » pour « engager un processus qui contribue à la transformation du système de justice, axé sur des réformes de la loi organique du Tribunal suprême et d’autres lois du système de justice », ont annoncé, dans un communiqué commun, le président de l’Assemblée nationale Jorge Rodriguez, frère de la présidente par intérim Delcy Rodriguez, et Dinorah Figuera, cheffe de la délégation de l’opposition.
Ce dialogue, voulu par les Etats-Unis, survient sept mois après la capture de Nicolas Maduro par l’armée américaine, après plus d’un quart de siècle de pouvoir chaviste, la doctrine d’inspiration socialiste de feu le président Hugo Chavez (1999-2013). Un autre cycle de pourparlers aura lieu à une date restant à déterminer.
La séparation des pouvoirs et la réforme de la justice sont une priorité pour « redémocratiser » le pays, estiment de nombreux observateurs. L’opposition insiste sur une réforme du système judiciaire et du Tribunal suprême qui a notamment validé la réélection contestée de Maduro, entachée de fraude selon l’opposition.
Une lettre écrite au roi Charles III
Il faut « éliminer les conditions structurelles qui rendent possible la répression », a déclaré une source proche de l’opposition, soulignant aussi vouloir abroger les lois réprimant l’incitation à la haine et le terrorisme qui ont servi de fondement à la détention de nombreux prisonniers politiques.
Par ailleurs, près de deux mois après le tremblement de terre du 24 juin qui a fait plus de 6 300 morts et des milliers de disparus, les deux parties « uniront leurs efforts sur la promotion de la récupération des actifs » du Venezuela détenus à la Banque d’Angleterre, « en établissant des mécanismes de transparence pour une utilisation efficiente de ces ressources », énonce le communiqué.
Mme Rodriguez avait annoncé début août avoir écrit au roi Charles III pour récupérer quelque 30 tonnes d’or et les utiliser pour reconstruire le pays après le séisme qui a fait au moins 6,7 milliards de dollars (5,8 milliards d’euros environ) de dégâts selon l’ONU, près de 20 milliards selon la Banque mondiale. Le Venezuela sous la présidence de Nicolas Maduro, a réclamé en vain à Londres à maintes reprises cet or.
Discussions à huis clos
Washington avait enserré le Venezuela dans un lourd étau de sanctions économiques dans le but de rendre intenable la situation pour l’ancien président. De source proche de l’opposition, on précise que même si les Etats-Unis ne sont pas à la table des négociations, ils sont très présents dans les discussions et ont été sollicités à plusieurs reprises comme « médiateurs » lors de points d’achoppement.
Des dizaines de sympathisants de l’opposition se sont rassemblés, mercredi, devant l’hôtel de Caracas où avait lieu cet ultime tour de discussions. Certains ont réclamé plus de transparence sur ces négociations qui se déroulent à huis clos, et sans la cheffe de l’opposition et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, exilée au Panama. Elle n’a pas été invitée mais a assuré qu’elle n’entraverait pas le processus.
« Dans d’autres pays, lorsqu’on discute les problèmes de 35 millions d’habitants [une estimation haute de la population du pays], les réunions sont publiques et les gens peuvent débattre. Ici, non ! », a estimé Carlos Salazar, syndicaliste de 54 ans. « Ce qui se passe dans l’obscurité et dans le silence sent mauvais », a-t-il ajouté.