Fureur” et “chaos” antimigrants dans les villes portuaires de Douvres et de Portsmouth. Les tabloïds conservateurs The Sun et Daily Mail ont choisi des termes forts, ce lundi 7 septembre, pour décrire les événements du week-end sur la côte sud du Royaume-Uni.

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Samedi, d’abord, plusieurs centaines d’hommes cagoulés et vêtus de noir ont bloqué la voie rapide en direction de Douvres, principale porte d’entrée vers le continent européen dans le sud-est du pays. Le rassemblement, organisé pour protester contre l’arrivée de migrants par la Manche, a semblé prendre la police de court. “L’opération a duré plusieurs heures”, constate le quotidien The Times.

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La méthode employée, inédite outre-Manche depuis le début des manifestations anti-immigrés à la mi-2024, a choqué jusqu’aux journaux les plus virulents au sujet des traversées irrégulières. “Les inquiétudes suscitées par l’immigration illégale sont largement partagées, compréhensibles et légitimes. Mais les scènes observées à Douvres étaient effrayantes et inacceptables”, tranche le quotidien conservateur The Daily Telegraph.

Le lendemain soir, plus à l’ouest, quelque 500 personnes ont participé dans les rues de Portsmouth à une manifestation spontanée en réaction à l’arrivée d’une “mégaembarcation” de 140 migrants en provenance de Normandie. “Il s’agirait de la plus longue traversée jamais entreprise par les passeurs”, glisse le Sun. Là encore, une partie des manifestants portaient cagoule et vêtements sombres.

Agrégat de groupes locaux

D’après la presse britannique, ces militants anti-immigration appartiendraient au groupuscule Patriot Platform, lancé cet été par un proche de l’agitateur anti-islamique Tommy Robinson. “Daniel Thomas, 37 ans, est un ancien chauffeur routier, emprisonné pour tentative de kidnapping, écrit le Times. À sa sortie de prison, il s’est rapproché de Robinson et a commencé à se rendre à la messe chaque semaine.”

La création de Patriot Platform, avec un noyau de fidèles d’une église du sud de Londres, vise selon ses termes à “mettre une pression telle sur le gouvernement qu’il sera obligé de réagir”. Sur son site Internet, Patriot Platform appelle à “agir” pour “reprendre le contrôle du pays”, non sans accents militariste (il évoque une “armée de patriotes”) et religieux (“liberté, famille, foi”).

“En réalité, cette plateforme est un agrégat d’organisations locales qui se considèrent comme patriotes et se sont placées sous le commandement d’un seul homme, précise le quotidien de gauche The Guardian. Celui qui se fait appeler ‘Danny Tommo’ est très actif sur les réseaux sociaux, pierre angulaire de sa technique de recrutement. Présent à Portsmouth et à Douvres, il filmait les événements en appelant les internautes à venir grossir les rangs.”

Fracture entre factions

Autoproclamé “non violent”, le groupuscule avait déjà participé à certains rassemblements devant les hôtels destinés à loger temporairement les demandeurs d’asile. “Danny Tommo” était également venu à Calais participer à des campagnes d’intimidation envers les candidats à la traversée. “L’action de samedi à Douvres marque un changement de stratégie, avec une tentative calculée de perturber la vie quotidienne des citoyens et des entreprises, tout en paralysant l’activité d’une infrastructure économique majeure, analyse le Daily Telegraph. Le tout pour attirer un maximum d’attention.”

Pour le quotidien conservateur, le blocage de Douvres signale une nouvelle forme de radicalisation des mouvements anti-immigrés, difficile à contrer pour les forces de l’ordre. “La police va devoir expliquer comment elle compte s’adapter à l’activité de groupes radicaux de droite qui imitent les pratiques de l’extrême gauche et des islamistes”, avance le journal dans son éditorial du 7 septembre. Si des animosités personnelles et des fractures entre factions apparaissent déjà au sein de Patriot Platform, “le groupuscule a affirmé qu’il ne s’arrêterait pas là, prévient le Guardian. Les responsables politiques et les militants anti-extrême droite redoutent que ces groupes ne reviennent sur le devant de la scène de plus en plus régulièrement.”