De mai à début septembre, la France hexagonale a subi une climatologie exceptionnelle. Sans précédent dans les enregistrements météorologiques instrumentés - depuis la fin du XIXe siècle - et d’une intensité dévastatrice (températures, sécheresse, incendies) pour l’agriculture, la santé humaine et animale, les écosystèmes, les cours d’eau, certaines infrastructures urbaines et de transport.
Selon le bilan de l’été dressé par Météo France L’été 2026 fut le plus chaud depuis 1900 avec une température moyenne sur 24 heures de 24,0 °C (+ 3,6 °C), devant les étés 2003 (+ 2,7 °C) et 2022 (+ 2,3 °C). Les stations météo ont enregistré des 40 °C et plus 178 fois, un nombre sans précédent.
Une pluviométrie très faible avec un déficit proche de 40 % sur les valeurs climatologiques moyennes a provoqué une sécheresse des sols sans précédent à l’échelle du pays. Trois vagues de chaleur de 53 jours au total ont frappé dont celle très précoce du 17 au 30 juin avec jusqu’à 72 départements placés en Vigilance rouge Canicule. De nombreux incendies d’ampleur inédite, aggravés par les conditions climatiques. Des températures océaniques jamais observées sur l’ensemble des façades maritimes de la France hexagonale et de la Corse. Des épisodes très chauds en dehors des mois d’été en mai ou début septembre, signes du changement climatique.
Si un tel été demeure rare dans le climat actuel, réchauffé par nos émissions de gaz à effet de serre, il aurait été impossible sans ce même réchauffement assurent les climatologues spécialistes de l’attribution des événements extrêmes.
Exportations massives d’électricité
Comment notre système électrique a-t-il encaissé le choc ? Les températures, orages et incendies ont pu mettre en péril, ici et là, des équipements du système de distribution. En revanche, du côté de l’équilibre entre production et consommation, la résilience du système a été de très haut niveau. Au point que, durant ces quatre mois de canicules à répétition, les exportations ont titillé les records historiques, voire battus comme en mai. En témoignent les soldes imports/exports. Ils furent de 9,6 GWh en mai (23 % de la production), 8,1 GWh en juin (20 % de la production), 8,6 GWh (20 % de la production) en juillet, 6,7 GWh en août (17 % de la production). Les personnels du dispatching national de RTE ont donc passé un été calme durant toute cette période, du moins pour la sécurité de l’approvisionnement en électricité, largement excédentaire sur la consommation intérieure.
Cette information peut surprendre tant les médias ont souligné les arrêts ou ralentissements de production de réacteurs nucléaires pour respecter les règles de protection de la faune aquatiques (températures) ou de débit des cours d’eau. Par ailleurs, la sécheresse a réduit le débit des cours d’eau, donc la production hydraulique au fil de l’eau. En outre, si l’ensoleillement exceptionnel a boosté la production photovoltaïque, les anticyclones à répétition coïncidant avec les périodes de fortes chaleurs ont nécessairement rabougri la production éolienne. Comment se fait-il que la production ait été si largement excédentaire, à un niveau très similaire à celui de l’été 2025 dont la météo était si différente ?
Un mix pré-adapté
La réponse provient d’un mix de production en quelque sorte pré-adapté à la situation de l’été 2026.
Tout d’abord, voici le rappel de la puissance installée en capacité de production :
Les graphiques de production des quatre mois montrent une répartition distincte de celui de la puissance installée, car les facteurs de charge de chacun sont différents. Voici celui de juillet, les écarts avec les mois de mai, juin et août sont peu importants :
Un regard sur l’été 2025 montre que les écarts sont très faibles malgré une météo différente
La leçon principale de cette apparente stabilité, c’est que le mix électrique actuel, avec son socle nucléaire apportant environ 70 % du total (mais nettement moins lorsque le Soleil brille et nettement plus tôt le matin, le soir et durant la nuit), est en capacité de faire face sans problème à un été exceptionnellement chaud. Un mix électrique massivement décarboné, environ 95 % bas carbone, pour l’été 2026. Le gaz n’a représenté que 3,7 % de la production, un peu plus que les trois années précédentes, mais entre 2016 et 2023, seule 2021 a fait mieux.
Nucléaire et températures
Une question s’impose : pourquoi les arrêts et ralentissement de production pour respecter les règles de protection de la vie aquatique (et le traité avec la Belgique imposant un débit minimum à la Meuse et la Moselle ce qui peut conduire à ralentir ou stopper les réacteurs des centrales de Cattenom et Chooz) n’ont, semble-t-il, eu aucun effet négatif si l’on compare la production nucléaire de 2026 à celle de l’été 2025 ?
Les centrales nucléaires ont produit plus d’électricité en juillet 2026 qu’en juillet 2025 pour deux raisons. D’une part la mise en service de l’EPR de Flammanville qui a fourni en continu ses près de 1 600 MW de puissance. Et d’autre part la réussite du programme qu’EDF a lancé pour enrayer l’allongement des durées des arrêts pour maintenance et rechargement qui dérivaient depuis une dizaine d’années. Cette action a permis de retrouver des durées d’opérations standard, avec plus de la moitié des arrêts qui ne dépassent plus, voire se terminent plus tôt, que les prévisions initiales. De sorte que, par exemple, juillet 2026 est la meilleure année de production d’électricité nucléaire depuis huit ans.
Copier Civaux
Cette situation favorable est-elle durable, notamment si les canicules à répétition se multiplient dans l’avenir ? Et que la demande en électricité croît avec l’électrification d’usages (le transport routier notamment) ou la montée en puissance de la climatisation résidentielle, réponse rapide aux chocs thermiques que de nombreux propriétaires risquent de privilégier. Oui, si. Il « suffit » de copier ailleurs ce qui a été fait à Civaux pour les réacteurs de bord de rivière (ceux en bord de mer ne sont pas impactés par les températures… mais parfois par des arrivées massives de méduse, comme à Gravelines). La centrale de Civaux avec deux réacteurs de 1 400 MW mis en service en 1997 et 1999 peut sembler une hérésie. Elle est construite au bord de la Vienne, une rivière dont le débit d’étiage peut diminuer jusqu’à 15 mètres cubes par seconde. D’où une décision radicale, prise lors du lancement du chantier : doter la centrale d’un équipement supplémentaire, de quatre petites tours aéroréfrigérantes où une ventilation mécanique permet de restituer à la rivière une eau… moins chaude que celle prélevée. En période de canicule, lorsque l’eau est prélevée à près de 29 °C, elle est restituée à près de 25 °C. De sorte que Civaux n’est jamais arrêtée en période de forte chaleur alors qu’elle devrait être la première concernée.
EDF a déjà décidé que les EPR de bord de rivières seront ainsi équipés, les mettant à l’abri des réglementations de protection de la vie aquatique. Mais il se dit que les réacteurs actuels les plus concernés pourraient se voir ajouter de tels équipements, à Golfech par exemple. Il faut également noter que des centrales comme Nogent, sur la Seine, ou celles sur la Loire, voient les débits estivaux en grande partie assurés par les lac-réservoirs, conçus autant pour faire face aux crues d’hiver que pour assurer des débits minimaux durant les étés trop secs. A long terme, il faudra bien sûr dimensionner le parc de production à l’augmentation prévue et souhaitée des consommations d’électricité - afin de décarboner l’industrie, les transports, le contrôle thermique des bâtiments.