C’est une petite révolution qui a marqué l’été américain. Pendant que Donald Trump continuait de s’en prendre à la terre entière (aux migrants, à l’Iran, à Oman, à Cuba, au Canada…), chez lui, aux États-Unis, une tout autre musique se faisait entendre. En quelques semaines, partout dans le pays, plusieurs candidats des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) ont remporté les primaires de leur parti en vue des élections de mi-mandat du 3 novembre : Abdul El-Sayed, dans le Michigan, qui pourrait, s’il est élu en novembre, devenir le premier sénateur musulman au Congrès ; Angie Nixon, en Floride, en lice elle aussi désormais pour le Sénat et qui entend se battre pour les droits fondamentaux tels que l’accès à des soins de santé de qualité, l’accès au logement et la gratuité de l’enseignement public ; la très jeune avocate Melat Kiros, dans le Colorado…

De nouveaux visages qui bousculent l’establishment démocrate et qui pourraient bien créer une dynamique globale favorable, veut croire le magazine américain de gauche The Nation, pour qui “secouer le Parti démocrate est bon pour les démocrates comme pour l’Amérique”. C’est “le moment des insurgés”, titre même le mensuel dans son édition de septembre, avec, aux côtés de la photo de Zohran Mamdani, maire de New York, celles de quelques-unes de ces nouvelles figures du progressisme.

La vague qui semble porter cette gauche radicale est-elle durable ? Ou le mouvement va-t-il s’essouffler à l’épreuve des urnes ? “Et si les États-Unis viraient socialistes”, avions-nous titré en 2019, alors que la gauche radicale américaine portée par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez semblait déjà reprendre des couleurs. Avant d’être largement distancée par Joe Biden dans la primaire démocrate.

Sept ans plus tard, bis repetita. Le mouvement est reparti de plus belle. “L’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York l’année dernière a marqué un tournant”, explique le Financial Times. En quelques mois, il a réconcilié de nombreux électeurs avec la politique en appliquant à la fois le programme auquel il s’était engagé, chose rare, et en répondant présent sur des problèmes plus quotidiens. “Il a réussi à geler les loyers [d’environ 1 million de logements] et à avancer vers une garde d’enfants universelle et gratuite, s’enthousiasme Sara Pequeño dans USA Today. Malgré des difficultés légales, il tente de faire payer aux plus riches New-Yorkais leur juste part grâce à la taxe sur les pied-à-terre. Il trouve des espaces pour les supermarchés municipaux”, qui doivent vendre des biens essentiels à prix réduit.

Et c’est bien sur ce terrain-là que cette gauche radicale séduit. “N’en déplaise à Karl Marx, un spectre hante l’Amérique, non celui du communisme, mais du socialisme, écrivent Guy Chazan et Ian Hodgson dans le Financial Times. Son programme favorisant l’accès au logement, l’assurance santé universelle, la gratuité de l’université et la hausse des impôts des milliardaires séduit de plus en plus de jeunes Américains écœurés par les remèdes traditionnellement administrés à leur société.”

Des socialistes qui ont su s’adapter et présenter un visage moins austère, explique le quotidien britannique. Qui sont leurs électeurs, leurs militants ? Dans notre dossier, nous publions le portrait d’un jeune Cubano-Américain qui fait du porte-à-porte pour le DSA à Miami, au grand dam de sa famille anticastriste, qui s’est exilée de Cuba. “Les jeunes comme Oscar Alvarez, 22 ans, écrit The Washington Post, sont de plus en plus nombreux à venir grossir les rangs d’un mouvement autrefois confiné aux marges de la vie politique américaine. Près de la moitié des Américains de moins de 30 ans se disent désormais prêts à voter pour un candidat socialiste à l’élection présidentielle.”

À lire aussi : États-Unis. Les grandes ambitions d’Alexandria Ocasio-Cortez la conduiront-elle jusqu’à la Maison-Blanche ?

The Wall Street Journal brosse, lui, le portrait d’une autre figure du mouvement, Hasan Piker, influenceur aussi populaire que controversé, qui est vite devenu “le symbole de la menace existentielle qui plane sur la vieille garde démocrate”. Autant de figures à découvrir pour mieux comprendre la dynamique qui porte actuellement la gauche radicale américaine. Avec en figure de proue Alexandria Ocasio-Cortez, omniprésente dans la campagne pour les élections de mi-mandat et qui ne cache plus ses ambitions, écrit The Guardian dans un portrait traduit sur notre site. Reste à voir jusqu’où elle peut aller.

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