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Ceuta, bastion multiculturel fragile à l’épreuve d’une crise migratoire sans précédent
Par Mustapha Kessous (Ceuta (Espagne), envoyé spécial)ReportageL’irruption dans l’enclave espagnole de plus de 70 000 personnes venues du Maroc, entre le 30 et le 31 juillet, a mis en lumière les fêlures et les solidarités qui traversent cette ville où coexistent depuis toujours chrétiens et musulmans.
La file s’étire le long de l’avenue Alcalde José Victori Gonalons, qui mène à la marina de Ceuta. Elle part de la boutique Ria, spécialisée dans le transfert d’argent, devenue un repère pour de nombreux migrants qui y retirent les quelques sous que leur ont envoyé leur famille pour survivre dans l’enclave espagnole, coincée entre la Méditerranée et le Maroc.
A côté, un porche mène à un marché couvert, aux murs bleus. Sangria, tapas, et éclats de rire. Dans ce décorum néomauresque, les vacanciers, écrasé de soleil, jouissent d’une quiétude toute andalouse. Sur les mêmes places où, il y a une semaine, militaires et policiers ont dispersé, traqués et parfois violemment chassé – certains ont eu des gestes de compassion –, ces exilés.
Cette cité européenne en terre africaine vient de vivre ce que ses habitants, policiers et responsables politiques décrivent comme « un drame humanitaire » sans précédent. En quelques heures, 72 000 personnes, selon le ministère espagnol de l’intérieur, essentiellement des Marocains, se sont précipitées vers ce confetti aux 83 000 résidents.
Entre le jeudi 30 et le vendredi 31 juillet, la foule s’est engouffrée par le poste-frontière de Tarajal, souvent à la nage, après avoir convergé vers Fnideq, ville marocaine voisine. Dès le vendredi après-midi, la très grande majorité – 70 000 selon Madrid – a rebroussé chemin vers le Maroc. Dans l’enclave, ils n’ont trouvé ni refuge ni avenir : seulement des commerces fermés, le manque de sommeil, la faim et l’hostilité d’une partie des habitants.
Un traumatisme présent
« Nous avons eu le sentiment d’être envahis, raconte Guillermo Martinez Arcas, secrétaire général du Parti Populaire (PP, droite) à Ceuta et proche collaborateur du président de la ville autonome. Nous nous sommes même demandé si ce n’était pas la fin de Ceuta en tant que ville espagnole. »
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