Pierre Verluise (P. V. ) : Après un premier chapitre consacré à la thématique de l’humiliation, vous avancez que dans les succès récents de la République populaire de Chine, l’Occident l’a grandement aidé par ses naïvetés et ses complicités. Comment cela s’est-il mis en œuvre ?
Pierre-Antoine Donnet (P.-A. D) : La naïveté occidentale à l’égard de la Chine communiste a été en premier lieu celle des États-Unis lorsque Richard Nixon a décidé de reconnaître la Chine en 1979 en espérant ainsi y trouver à ses côtés un contre-poids pour faire face à l’Union soviétique qui était alors le mal absolu. Son émissaire de l’époque, le secrétaire d’État Henry Kissinger s’était rendu en mission secrète à Pékin du 9 au 11 juillet 1971 pour préparer le terrain. Pour la Chine de Mao, alors isolée sur la scène internationale et plongée dans l’extrême pauvreté, ce fut une aubaine inespérée. Mao Zedong et le Premier ministre Zhou Enlai multiplièrent les sourires, si bien que Nixon, à la stupéfaction générale dans son pays s’y rendit l’année suivante, du 21 au 28 février 1972, dans l’espoir vain de trouver à Pékin non seulement un nouvel allié mais aussi un pays qui, commerce aidant, allait immanquablement s’ouvrir sur le plan politique et emprunter un jour le chemin de la démocratie. Cette naïveté fut la même à Washington lorsque les États-Unis aidèrent activement la Chine à rejoindre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en janvier 2001, espérant là aussi qu’avec le commerce, la Chine devait nécessairement s’ouvrir aux aspirations démocratiques. Il n’en fut rien. Tout le contraire même. Outre le fait que l’adhésion de la Chine à l’OMC lui servit de tremplin inespéré pour accéder aux marchés mondiaux, elle permit au Parti communiste d’y trouver un relais de puissance considérable par le bais d’une croissance économique record et des espoirs de vie meilleures pour une grande partie de la population chinoise. D’ouverture politique, il ne fut jamais question. Avec du recul aujourd’hui, on constate aujourd’hui à quel point l’erreur de jugement des États-Unis fut totale puisque non seulement la Chine ne devint jamais l’alliée de l’Amérique mais que, au contraire, elle fait aujourd’hui cause commune avec la Russie devenue l’agresseur de l’Ukraine aux portes de l’Europe.
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