Depuis plus de dix ans, je travaille comme avocat dans des affaires liées au secret d’État. De tels procès forment un monde fermé, où la justice a depuis longtemps laissé place à la réalisation des “objectifs de l’État”, et où la notion même de sécurité s’est transformée en instrument de contrôle total sur les différents rouages de l’État, et aussi sur chacun des habitants de ce pays, sans la moindre exagération.

Il est communément admis que le FSB est l’héritier direct du KGB. Mais en réalité, le FSB est depuis longtemps devenu plus puissant que n’importe quel service de renseignements des époques précédentes. Le KGB était soumis à l’autorité de l’appareil du parti, il existait un contrôle idéologique théorique, et en définitive cet organisme était un instrument entre les mains du Parti communiste d’Union soviétique (KPSS). Aujourd’hui, le FSB ne fait l’objet d’aucun contre-pouvoir – il est son propre commanditaire, son propre enquêteur, son propre juge.

Le FSB se considère comme l’héritier de la Tcheka, fondée en 1917. Tout un symbole : les poursuites politiques, la répression de la dissidence et la traque des “ennemis” sont le péché originel de tous les services spéciaux russes. Les régimes ont changé, les noms ont été modifiés – du NKVD au KGB –, mais l’esprit est resté le m